IIIe Congrès international du Catéchuménat

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III CONGRÈS INTERNATIONAL DU CATECHUMÉNAT

L’ INITIATION CHRÉTIENNE DANS UN CHANGEMENT D´ÉPOQUE

Santiago du Chili. 21 au 25 Juillet 2014

Organisé par l’ISPC (Theologicum de l’Institut catholique de Paris) et l’Université Catholique Cardinal Raúl Silva Henríquez

 

En restaurant le catéchuménat et en formulant des critères de base à son sujet dans son premier document approuvé, la Constitution Sacrosanctum Concilium sur la Sainte Liturgie[1], le Concile Vatican II a reconnu un changement d’époque : la fin d’une transmission « automatique » de la foi chrétienne et la nécessité pour l’église de renouveler  sa vitalité missionnaire y compris dans les pays de “vieille” chrétienté.

L’arrière-plan historique

L’Église des premiers siècles, au cœur de sociétés païennes et souvent persécutée, a mis en œuvre une initiation pour les adultes se convertissant au christianisme. Après une évangélisation de durée variable, le candidat au devenir chrétien, présenté par un garant, entrait en catéchuménat après un examen de ses motivations. L’initiation articulait catéchèse et rites sacramentels. Le baptême, l’onction et l’eucharistie étaient précédés de l’inscription du nom, étant vérifiés le changement de vie du catéchumène, sa foi sincère et sa participation à la prière de la communauté. La persévérance des néophytes était essentielle pour l’implantation de l’église. La durée de l’initiation était variable, mais on note un changement après le Concile de Nicée (325), où cette durée se réduisit peu à peu au temps de carême, les persécutions de l’empire romain étant terminées. Au VIème siècle, le baptême d’enfants devint prédominant et le catéchuménat des adultes s’éteignit peu à peu.

 

Aux XVIe et XVIIIe siècles, au moment où l’Europe chrétienne, où la foi se transmettait par tradition familiale, envoya des missionnaires en Amérique, en Afrique et en Asie pour l’évangélisation, ceux-ci eurent de nouveau recours au catéchuménat. Par exemple, de 1494 à 1496, le frère hiéronimite catalan Ramón Pané fut l’un des premiers, dans l’actuelle République Dominicaine. Quatre parmi ses seize néophytes furent les premiers martyrs de la foi dans le Nouveau Monde.

Au XIXe siècle, l’expansion coloniale des puissances européennes ranima l’ardeur missionnaire vers l’Asie et l’Áfrique, où le cardinal Charles Lavigerie (fondateur en 1868 des Pères Blancs), remit en vigueur un catéchuménat. Entretemps, en Europe et en Amérique, la sécularisation se développa considérablement. Au milieu du XXe s., en France d’abord, puis en Europe et en Amérique du Nord, des adultes recommencèrent à demander le baptême et on réorganisa le catéchuménat.

La situation actuelle

Les évêques, au Concile Vatican II dont nous célébrons le cinquantenaire, prirent donc conscience d’un changement d´époque : “Le genre humain vit aujourd’hui un âge nouveau de son histoire, caractérisé par des changements profonds et rapides qui s’étendent peu à peu à l’ensemble du globe… L’évolution actuelle du monde... jette à l’homme un défi ; mieux, elle l’oblige à répondre” (GS 4) ; “Les conditions nouvelles affectent enfin la vie religieuse elle-même. D’une part, l’essor de l’esprit critique la purifie d’une conception magique du monde et des survivances superstitieuses, et exige une adhésion de plus en plus personnelle et active à la foi, nombreux sont ainsi ceux qui parviennent à un sens plus vivant de Dieu. D’autre part, des multitudes sans cesse plus denses s’éloignent en pratique de la religion” (GS 7). Le Document final de la Ve Conférence Générale de l’épiscopat Latino-Américain, en 2007, dans le Sanctuaire National de Notre Dame de la Conception Aparecida au Brésil, affirma de son côté : “Nous vivons un changement d’époque, plus profondément ressenti dans le culturel” (DA 44) ; “Nous avons un pourcentage élevé de catholiques qui n’ont pas conscience d’être le sel et le ferment du monde et qui ont une identité chrétienne faible et vulnérable. C’est un grand défi qui questionne en profondeur notre façon d’éduquer dans la foi et de nourrir la vie chrétienne ; un défi que nous devons affronter avec décision, avec courage et créativité du fait même que déjà, dans de nombreuses régions, l’initiation chrétienne a été pauvre ou fragmentée” (DA 286-287).

Le Programme des Nations Unies pour le Développement dans son Rapport du Développement Humain Mondial de 1996 a lui-même détecté l’affaiblissement des normes et des valeurs traditionnelles qui permettraient de créer une culture ou une manière de vivre en commun. On constate ainsi une détérioration de l’appartenance aux institutions et une crise des liens sociaux, avec un impact en premier lieu sur la famille, mais aussi sur l´église. D’autre part, on assiste à la mondialisation des sciences et des techniques, à un individualisme centré sur le matériel et l’éphémère, à la difficulté de défendre la dignité de toute personne et notamment la recherche de sens et de transcendance, à une économie de marché qui entraîne des injustices, affaiblit la capacité des États à vaincre la corruption, à générer des emplois dignes et à promouvoir la solidarité, la liberté religieuse étant elle-même menacée. Enfin, dans ces premières années du troisième millénaire, l’Église Catholique elle-même a vu la détérioration de sa crédibilité à cause des scandales sexuels et financiers dont les protagonistes ont été des prêtres en Europe et en Amérique. Dans maints pays décline la demande de sacrements, et dans les recensements de population la déclaration d’appartenance catholique diminue. Les visites pontificales internationales et les Journées Mondiales de la Jeunesse montrent pourtant la popularité de la figure du pape, ce qui ne signifie pas une fidélité au message chrétien.

Le modèle catéchuménal

Dans cette nouvelle donne économique, sociale et religieuse, l’Église, dans ces dernières décennies, a opté pour une nouvelle évangélisation. Benoît XVI, par la Lettre Apostolique Ubicumque et semper créa ainsi, le 21 septembre 2010, le « Conseil Pontifical pour la Promotion de la Nouvelle Évangélisation ». Celui-ci, le 26 janvier 2013, par la Lettre Apostolique Fides per doctrinam, a acquis la responsabilité de la catéchèse, qui dépendait auparavant de la Congrégation pour le Clergé. La catéchèse est ainsi mise au service d’une évangélisation renouvelée. Aujourd’hui, s’en remettre à la transmission de la foi par tradition familiale ne suffit plus. Les baptisés ont besoin pour se maintenir fidèles d’une initiation qui ne se réduit pas à la réception des sacrements mais qui permette une maturation de leur foi personnelle.

Le Concile Vatican II, dans sa volonté de retour aux sources de l’Église, proposa comme exemple à l’évangélisation le catéchuménat baptismal. Ce dernier est proposé comme modèle de toute catéchèse dans le Directoire Général pour la Catéchèse (DGC 90-91), avec l’appui liturgique de l’Ordo Initiationis Christianae Adultorum, le Rituel de l’Initiation Chrétienne des Adultes. Ceci pour garantir une initiation chrétienne complète, ancrée dans une vie chrétienne et ecclésiale réelle. D’après la devise du Document d’Aparecida, il s’agit de former des disciples missionnaires de Jésus-Christ afin qu’en Lui nos peuples aient la vie. Dans d’autres continents, des documents ecclésiaux ont des intentions semblables et un même souci face au contexte mondial[2].

Voici quelques propositions des évêques d’Amérique Latine lors de leur Conférence Générale d’Aparecida : “Nous proposons que le programme catéchétique de formation adopté par l’Église pour l’initiation chrétienne soit considéré, dans tout le Continent, comme le mode ordinaire et indispensable d’introduction à la vie chrétienne et comme la catéchèse basique et fondamentale” (DA 294) ; “Nous ressentons l’urgence de développer dans nos communautés un programme d’initiation à la vie chrétienne qui commence par le kérygme, guidé par la Parole de Dieu, qui conduise à une rencontre personnelle, chaque fois meilleure, avec Jésus-Christ, complètement Dieu et complètement Homme, expérimenté comme plénitude de l’humanité, qui amène à la conversion, à la fidélité à suivre le Christ dans une communauté ecclésiale, et à une maturité de foi dans la pratique des sacrements, le service des autres et la mission” (DA 289) ; “Cette ferme décision missionnaire doit imprégner toutes les structures ecclésiales et tous les plans pastoraux des diocèses, des paroisses, des communautés religieuses, des mouvements et d’autres institutions de l’Église. La conversion personnelle réveille la capacité de tout soumettre au service de l’instauration du Royaume de vie. évêques, prêtres, diacres permanents, consacré(e)s, laïcs, nous sommes appelés à assumer une attitude de conversion pastorale permanente, qui implique d’écouter avec attention et de discerner “ce que l’Esprit dit aux Églises” (Ap 2, 29) à travers les signes des temps dans lesquels Dieu se manifeste” (DA 365-366).

Toutes les formes existantes de catéchèse doivent ainsi assumer des traits nouveaux inspirés du catéchuménat. Dans quelques pays d’Amérique Latine, la catéchèse familiale d’initiation eucharistique et la préparation à la confirmation en communautés de jeunes ont renouvelé dans leur foi beaucoup d’adultes et de jeunes sans réduire le sens des sacrements à leur seule célébration. Mais ces expériences ont besoin d’être ajustées au modèle catéchuménal, avec son contexte communautaire et ses étapes, ses rites afin de permettre aux baptisés dépourvus d’initiation complète d’approfondir leur vie chrétienne.

Après un Colloque International sur le Catéchuménat organisé en France en 1993 par l’Université Catholique de Lyon et les Œuvres Missionnaires Pontificales[3], des Assises Internationales du Catéchuménat furent organisées à Paris du 6 au 10 Juillet 2010 par l’Institut de Pastorale catéchétique (ISPC) du Theologicum de l’Institut Catholique de Paris, rassemblant chercheurs et praticiens[4]. À cette occasion, une enquête fut faite avec l’appui du Conseil Épiscopal Latino-Américain (CELAM), enquête qui a montré le caractère seulement embryonnaire du catéchuménat d’adultes dans cette région du monde et les défauts de plusieurs réalisations et programmes d’inspiration catéchuménale[5]. L’Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique (ISPC), dans son projet de maintenir un Observatoire International des Pratiques Catéchuménales[6], décentre sa recherche sur le catéchuménat et le modèle catéchuménal pour la première fois dans un autre continent, à Santiago du Chili, en collaboration avec l’Université Catholique Cardinal Raúl Silva Henríquez. Au cinquantième anniversaire du Concile Vatican II, il s’agit de prendre au sérieux le désir du concile de retour aux sources, en partageant expériences et réflexions sur le modèle catéchuménal pour la catéchèse en tenant compte de la situation socio-culturelle et ecclésiale actuelle.

Il est important de favoriser le catéchuménat et les catéchèses de type catéchuménal dans le monde et d’en vérifier les progrès avec l’appui d’une réflexion théologique et pastorale solide. Ceci au service du renouveau de la vitalité évangélisatrice de l’Église. Pour ce faire, nous sommes animés par l’Esprit Saint de Jésus-Christ et inspirés par le témoignage humain de la très sainte Vierge Marie, Étoile de l’Évangélisation, pour répandre le royaume de Dieu qui, selon le Document d’Aparecida, est vie en plénitude pour tous (DA 353-364).

 


[1] Cf. SC 64; voir aussi AG 13-14; CD 14.

[2] Office Of Theological Concerns – FABC, The Spirit at Work in Asia Today, Samphran Thailand, May 1997, in EILERS F-J. (Ed.) For All the Peoples of Asia, Federation of Asian Bishops’ Conferences, Documents from 1997-2001, Quezon City Philippines, Claretian Publications 2002, 237-327. United States Conference Of Catholic Bishops, Our Hearts were Burning Within Us. A Pastoral Plan for Adult Faith Formation in the United States. Washington D.C., Saddle Stitched Paperback, 1999. Santedi Kinkupu, L. Nouvelle évangélisation et catéchèse dans la perspective de l’Église famille de Dieu en Afrique, en: ROUTHIER, G., BRESSAN, L., VACCARO, L. (a cura di). La catechesi e le sfide dell’evangelizzazione oggi. Brescia, Editrice Morcelliana, 2012. Conférence des évêques de France, Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France, Paris, Bayard/Cerf/Fleurus-Mame, 2006.

[3] Actes dans “Spiritus” 134 (1994).

[4] Sur le thème : “Catéchuménat et catéchèse, nouvelles perspectives”. Il fut suivi par les Assises françaises du catéchuménat, du 2 au 4 juillet 2012. Actes : “Le catéchuménat dans la nouvelle évangélisation », La Maison-Dieu, Le Cerf, n° 273, mars 2013.

[5] Garcia Ahumada, F.S.C., E. El catecumenado en América Latina, “Sinite” LII-158 (2011) 523-534.

[6] Cf. le site : http://www.oipc.fr