Mappemonde Europe Asie Amérique Afrique Océanie
Recevoir la newsletter

Logo ICP

Logo ISPC

La situation du catéchuménat au Québec

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

logo assises 2010Mme Suzanne DESROCHERS, adjointe au directeur de l’Office de catéchèse du Québec

M. Daniel LALIBERTE, responsable du projet catéchétique, Église catholique de Québec

Mme Marie-Josée POIRE, chargée de projets à l’Office national de liturgie de la Conférence des évêques catholiques du Canada

Intervention donnée aux Assises internationales du catéchuménat à Paris, le jeudi 8 juillet 2010, dans le cadre du forum des pratiques


1. Le contexte social et ecclésial

Au Québec, Vatican II et les transformations dans les pratiques ecclésiales, pastorales et liturgiques qui en ont découlé sont survenus dans un moment de mutations radicales, avec la Révolution tranquille – qui a commencé en 1960 – et ses conséquences sur la réforme de l’État, de l’éducation et de la santé et sur les citoyens. La sortie de la « chrétienté » s’est produite rapidement : sans violence apparente mais brutalement tout de même. En 50 ans, la plupart des institutions gérées par l’Église (hôpitaux, écoles) ont été cédées au réseau public. Le taux de « pratique » (i.e. la fréquentation de la messe dominicale) s’est effondré. Le personnel ecclésial traditionnel (prêtres, religieux et religieuses) a fondu. Le visage des cadres ecclésiaux s’est transformé avec l’arrivée, dans les années ’70-’80, de nombreux laïcs formés en théologie et en pastorale.

À partir de 1983, la responsabilité de l’initiation sacramentelle des jeunes est passée de l’école à la paroisse. Entre 2000 et 2008, l’école publique a mis fin à toute forme de partenariat en matière d’éducation religieuse et les paroisses ont repris l’entière responsabilité de la catéchèse. Durant les 20 dernières années, tous les diocèses du Canada francophone ont procédé à des restructurations paroissiales majeures. Par ailleurs, l’intégration de nouveaux arrivants issus d’autres cultures et d’autres religions a transformé le visage du Québec blanc, francophone et catholique et suscite encore aujourd’hui des débats sur les identités culturelles et religieuses.

 

La relation des baptisés à l’institution ecclésiale s’est aussi transformée. Nous en avons un exemple frappant chaque fois que les médias parlent de personnes faisant une demande d’apostasie. Les rapports à l’Église, à la foi et à la pratique liturgique des générations qui ont vécu Vatican II et la Révolution tranquille ont éclaté. Quant à ceux des nouvelles générations, lorsque ces rapports existent, ils ne sont ni monolithiques ni unanimes. Certains quittent l’Église ou n’adhèrent plus à son credo et à ses dogmes ; d’autres restent mais segmentent et personnalisent leur profession de foi. Au Québec aussi, nous assistons à ce que les sociologues des religions décrivent comme « la multiplication des croyances, la personnalisation du croire et la multiplication des formes de pratiques[1] ».

Le taux de baptêmes célébrés au Québec était encore, jusqu’en 2001, élevé par rapport aux naissances, contrairement aux mariages qui diminuaient même dans la population s’identifiant comme catholique. Mais ces taux, selon les chercheurs, tendent à se transformer depuis 2001, de même que diminue le taux d’appartenance et d’identification des Québécois à la religion catholique, particulièrement dans les jeunes générations[2].

D’un Québec où les enfants issus de familles catholiques étaient presque tous baptisés à la naissance, nous sommes en train de passer à un Québec où l’entrée dans la foi et dans l’Église devient une question de choix familial et personnel. Même si les nostalgiques ne sont sans doute pas encore prêts à l’admettre, la naissance ne fait plus automatiquement de nous des catholiques. « On ne naît pas chrétien, on le devient » : tous les catholiques n’en ont pas encore conscience mais le vieil adage attribué à Tertullien, à Carthage, au tournant du 2e et du 3e siècle, pourrait bien devenir le programme pastoral du Québec du 21e siècle.

 

2. Relecture de l’enquête L’organisation du catéchuménat et des pratiques apparentées au catéchuménat[3]. Enjeux pratiques et logistiques[4]

Des chiffres pour nous situer

-   Population du Québec en 2008 : 7,753,470[5]

-   Population catholique du Québec en 2006 : 5,944,979 (77,9 %)[6]

-   Nombre de diocèses catholiques au Québec : 19

-   Le catéchuménat au Québec : il y a 40 ans, naissance de celui de Montréal ; il y a 25 ans, celui de Longueuil ; depuis 20 ans, émergence progressive dans les autres diocèses.

Nombre de candidats

Presque tous les diocèses sont touchés par la « demande catéchuménale » de la part d’enfants, d’adolescents et d’adultes. Cette demande est surtout une demande de confirmation.

Plus de la moitié des diocèses ont plus de 20 candidats à la confirmation (en général, plus d’adultes que d’adolescents par diocèse sauf un diocèse où il y a plus d’adolescents que d’adultes). Trois diocèses ont 120 candidats adultes à la confirmation et plus.

Structure ou organisation dans les diocèses

Près de la moitié des diocèses n’ont pas de structure proprement dite pour le catéchuménat baptismal et pour la confirmation. Pour le BEAS, les trois quarts des diocèses n’en ont pas. Toutefois, parmi ces diocèses, plusieurs ont une personne qui assume la responsabilité diocésaine du catéchuménat.

Dans la grande majorité des diocèses, le niveau paroissial est directement impliqué dans la démarche catéchuménale. Deux modèles se dégagent : un catéchuménat surtout assumé par la paroisse avec un support diocésain et un catéchuménat dont la responsabilité est partagée entre les paroisses et le diocèse. Pour le BEAS, la prise en charge est surtout paroissiale avec, parfois, un soutien diocésain. Pour la confirmation, près de la moitié des diocèses vivent une prise en charge conjointe, paroisse/diocèse.

Dans deux diocèses, la prise en charge de la démarche est entièrement diocésaine, l’un pour l’initiation chrétienne des adultes, l’autre pour la confirmation.

Durée moyenne des démarches

-   Pour le catéchuménat baptismal, dans un peu plus de la moitié des diocèses, la durée est d’un an et plus, mais elle dépasse rarement un an et demi ; par contre, dans plus du tiers des diocèses, la durée des démarches est de moins d’un an.

-   Pour le BEAS, les démarches s’étalent de quelques mois à plus d’un an. Une certaine diversité semble se manifester dans les durées, parfois dans un même diocèse (trois diocèses).

-   Pour la confirmation, un peu moins du quart des diocèses offre une démarche d’un an et plus.

Rites célébrés

-   Pour chacune des démarches catéchuménales et celles qui leur sont apparentées, les rites de début (et de fin) de démarche dominent, mais plusieurs rites sont célébrés au cours du cheminement dans bon nombre de diocèses.

-   Une plus grande diversité de rites se manifeste dans un plus grand nombre de diocèses pour la démarche du catéchuménat baptismal. Viennent ensuite les rites du BEAS qui sont célébrés dans plus de la moitié des diocèses ayant répondu à cette question.

-   L’utilisation des rituels appropriés est majoritaire pour l’initiation des adultes et le BEAS mais pas pour la confirmation.

-   Les rites du catéchuménat baptismal sont généralement célébrés localement, sauf l’appel décisif qui est davantage célébré à l’échelle diocésaine (selon 64% des diocèses ayant répondu à cette question).

-   Pour le catéchuménat baptismal, les sacrements de l’initiation chrétienne sont généralement célébrés ensemble à la Vigile pascale (10 diocèses sur 17).

-   Pour la célébration de la confirmation, les pratiques sont plus diversifiées : la plupart des diocèses offrent plusieurs moments de célébration, parmi lesquels seulement le tiers inclut la Pentecôte. En tout, le moment de la Pentecôte est l’occasion de célébrations de confirmation dans six diocèses, soit la moitié des diocèses ayant répondu à cette question.

Catéchèse

-   Dans le cadre de démarches du catéchuménat baptismal, la plupart des diocèses proposent des catéchèses, souvent animées à partir de documents structurés : approches et modalités similaires, avec diversité d’instruments pédagogiques. Un diocèse dit proposer également d’autres types d’activités pour alimenter la démarche catéchétique ; un autre diocèse ajoute une rencontre catéchétique après la réception des sacrements.

-   Ces propositions catéchétiques sont souvent locales, parfois avec un soutien ou une collaboration diocésaine. Quatre diocèses proposent surtout ou uniquement des catéchèses diocésaines.

-   Pour le BEAS, dans 10 diocèses sur 12, les démarches catéchétiques sont majoritairement inspirées du document Je marche vers mon baptême[7].

-   Pour la confirmation, les modalités et les documents utilisés sont davantage diversifiés et les catéchèses sont plus explicitement préparatoires à la réception du sacrement. À la différence du catéchuménat baptismal, un peu plus de diocèses (4) mentionnent des différences dans les démarches pour ados et pour adultes.

Accompagnement et parrainage

-   Pour l’ensemble des démarches, les modalités d’accompagnement et de parrainage relèvent généralement des paroisses, parfois avec le soutien du diocèse.

-   Les modalités d’accompagnement et de parrainage sont davantage uniformes dans les diocèses pour le BEAS : accompagnement par une personne mandatée par l’évêque (surtout agent et agente de pastorale laïque) et noyau parrainant.

-   Pour la confirmation, les modalités d’accompagnement sont diversifiées ; le parrainage est le plus souvent inexistant.

-   Concernant le catéchuménat baptismal, les modalités d’accompagnement semblent relever davantage de personnes mandatées par l’évêque (agent et agente de pastorale laïque, diacre ou prêtre). On parle aussi davantage d’accompagnement personnalisé. Enfin, six diocèses mentionnent des modalités de supervision, de formation, voire de jumelage des accompagnateurs. Les modalités de parrainage, lorsque précisées, prennent davantage la forme de groupes de soutien.

Les difficultés exprimées

Dans les trois types de démarches, on rencontre les mêmes difficultés : des perceptions négatives du catéchuménat, une certaine méconnaissance de ses particularités, l’impression que la mise sur pied d’un catéchuménat n’est pas nécessaire puisqu’il n’y a pas de demande.

Pour le BEAS et la confirmation, les répondants ont exprimé un certain nombre de difficultés liées à la mise en œuvre.

-   Les difficultés propres au BEAS sont : manque de connaissance des particularités du BEAS (notamment du rituel) ; divers aspects de la mise en œuvre de la démarche dans les milieux. Trois diocèses soulignent que les difficultés rencontrées concernant les démarches menant au BEAS sont les mêmes que pour le catéchuménat baptismal.

-   Les difficultés propres à la confirmation sont : motivations des candidats ; mise en œuvre d’une démarche catéchuménale, en relation avec le manque de préparation des milieux et une mentalité persistante d’« initiation sacramentelle » (modèle de confirmation des enfants).

 

3. Les enjeux qui se dégagent du portrait

Articulation diocèses/paroisse (catéchuménat des adultes) : enjeux pratiques et ecclésiologiques

Le portrait montre que, pour le catéchuménat des adultes, deux modèles dominent :

-   Premier modèle : un catéchuménat surtout assumé par les paroisses, avec un support diocésain :

  • Réponse aux besoins ou aux demandes d’aide ;
  • formation initiale et continue des intervenants ;
  • parfois aussi proposition de démarches ou de ressources catéchétiques et liturgiques.

Quel visage d’Église se donne à voir et à vivre ?

  • Un visage d’Église à taille humaine, une proximité, une souplesse et une possibilité de personnaliser la démarche.
  • Mais aussi, le danger d’une communauté très « locale » qui se referme sur elle-même et qui établit avec d’autres instances ecclésiales des relations de méfiance ou de revendication du pouvoir…

Défis particuliers :

  • La situation naissante du catéchuménat au Québec fait que celui-ci est méconnu par la plupart des responsables pastoraux paroissiaux alors que les responsables diocésains d’éducation à la vie chrétienne ont développé une compréhension des intuitions et des problématiques catéchuménales. Cela entraîne souvent des réactions comme « Ce qui vient du diocèse, c’est trop compliqué ».
  • Cette tension révèle un problème ecclésiologique plus large dans les rapports paroisses-diocèse.

-   Deuxième modèle : un partage de la responsabilité entre le diocèse (et/ou les régions pastorales, en lien avec le diocèse) et les paroisses :

  • La paroisse assure un accompagnement personnalisé, la formation d’un groupe de soutien, et la plupart des célébrations liturgiques ;
  • Le diocèse ou la région assume les catéchèses (ou certaines de celles-ci) et certaines célébrations (appel décisif et, parfois, sacrements de l’initiation chrétienne ou encore confirmation) : par exemple, dans le diocèse de Québec, une équipe de catéchètes assure l’ensemble des catéchèses (deux par groupe de catéchumènes) à partir d’un parcours semblable pour tous (dans le diocèse de Longueuil, ces catéchètes sont mandatés par l’évêque). Les célébrations de l’appel décisif et de la confirmation sont diocésaines ; des célébrations de la Parole sont aussi vécues dans le cadre de certaines catéchèses, ainsi qu’une bénédiction des catéchumènes.

Quelle visage d’Église se donne à voir et à vivre ?

  • Une Église à taille humaine, proche, tout en donnant des signes d’ouverture à d’autres communautés et à l’ensemble de l’Église diocésaine.
  • Surtout lorsque des orientations officielles ont été promulguées, l’Église manifeste son visage missionnaire et rend explicite sa volonté d’initier des adultes à la vie chrétienne. La structure qu’elle se donne en est le visage concret, même s’il ne suffit pas à lui seul.

Défis particuliers :

  • Danger de ne vivre des expériences communautaires signifiantes que dans des relations courtes en serre chaude entre personnes ayant des affinités entre elles (dans le groupe catéchétique).
  • Un certain cloisonnement des tâches et des fonctions entre la paroisse et le diocèse rend difficile l’intégration des différentes dimensions du processus catéchuménal.

-   Troisième modèle : un diocèse (Montréal) est en train de passer d’un modèle surtout diocésain (accueil, accompagnement, catéchèse, célébrations) à un modèle mixte :

  • maintien d’une structure centralisée pour assurer le catéchuménat là où la prise en charge paroissiale est difficile ;
  • développement d’équipes paroissiales pour le catéchuménat, avec le soutien du diocèse pour sa mise en œuvre et la formation des intervenants.

Ce modèle est le fruit d’une large consultation qui a conduit à l’élaboration, en 2009, de Voies d’avenir précisant la visée de la démarche catéchuménale et les collaborations à développer pour sa mise en œuvre.

Peu importe les modèles, on constate la difficulté de la plupart des néophytes à s’intégrer dans une communauté paroissiale, une fois l’initiation chrétienne complétée : pourquoi ? Nos communautés chrétiennes sont-elles capables d’intégrer de nouveaux membres ayant embrassé la foi par des chemins nouveaux ? Au cœur des enjeux ecclésiologiques, il y a aussi des enjeux propres à l’initiation chrétienne : comment la démarche catéchuménale peut-elle initier à une vie, à une identité chrétienne qui ne soit pas uniquement intérieure (centrée sur soi) ou communautaire (relations chaleureuses avec d’autres), mais qui soit inscrite dans la communion ecclésiale ?

Catéchèse et accompagnement (catéchuménat des adultes) : enjeux pastoraux et théologiques

Dans le portrait des pratiques, la description des propositions catéchétiques dévoile une approche thématique et dogmatique, souvent centrée sur les contenus à transmettre et articulée à partir du Credo. Cela soulève un certain nombre d’enjeux et de questions d’ordre pastoral et théologiques :

-   Dans ces démarches, quelle attention est portée au processus de conversion des catéchumènes, aux questions et aux résistances intimement liées aux découvertes et à l’apprentissage de la vie chrétienne et ecclésiale ?

-   La Bible fait souvent l’objet d’un thème parmi d’autres : quel rapport à la Parole de Dieu s’y trouve développé et vécu ?

-   Chacun des sacrements de l’initiation chrétienne fait aussi l’objet d’un thème, d’une rencontre : s’agit-il d’un reliquat des catéchèses d’initiation sacramentelle ? Ou encore, la catéchèse est-elle marquée par la nécessité d’expliquer les sacrements avant de les vivre ?

-   Cette approche thématique et dogmatique manifeste et entraîne également un cloisonnement entre Parole de Dieu, liturgie et sacrements, éthique et morale chrétienne, vie ecclésiale et prière : comment la catéchèse peut-elle favoriser une intégration de toutes les dimensions de la vie chrétienne chez les catéchumènes ?

-   Comment s’établit le rapport de la catéchèse avec les autres dimensions de la démarche catéchuménale ?

-   Quelle représentation de la catéchèse et de la démarche catéchuménale sous-tend la formation des catéchètes ?

-   Quelle théologie catéchétique et catéchuménale est sous-jacente à une approche thématique et dogmatique ?

Concernant l’accompagnement, on observe, à partir du portrait des pratiques, que les pratiques d’accompagnement sont souvent assurées par une personne exerçant une responsabilité pastorale. Or, peu de milieux intègrent une dimension ecclésiale à l’accompagnement, qui demeure surtout individuel. Pourtant, il existe plusieurs modèles d’accompagnement spirituel qui intègrent la dimension personnelle et ecclésiale de l’expérience chrétienne.

-   Comment ces modèles peuvent-ils inspirer l’accompagnement catéchuménal ?

-   Comment ces accompagnateurs et accompagnatrices mandatés ou reconnus dans leur communauté peuvent-ils jouer un rôle d’intégration progressive des catéchumènes à la vie ecclésiale, tout autant qu’à la vie intérieure ?

-   Comment former les personnes qui accompagnent ? Une formation théologique, voire spirituelle, est nécessaire. Mais également une formation à la pédagogie spécifique de l’accompagnement et à son rôle dans la démarche catéchuménale s’impose. Or, au Québec, les principaux centres de formation spirituelle (le Centre de spiritualité Manrèse, à Québec, ou le Centre Le Pèlerin, à Montréal) sont peu accessibles à la plupart des diocèses à cause des distances : comment, dans ce contexte, former à la pédagogie du compagnonnage ?

Confirmation : enjeux pastoraux et canoniques

Le portrait montre que les pratiques liées à la confirmation sont majoritairement déterminées par :

-     un nombre élevé et croissant de demandes d’adolescents et d’adultes ;

-     les motivations sous-jacentes à ces demandes. En effet, la plupart des demandes de confirmation sont motivées par la « nécessité », perçue ou réelle, de régulariser une situation en lien avec la célébration d’un autre sacrement :

  • son propre mariage, dont le projet est souvent déjà en marche ;
  • et, surtout, le désir de devenir parrain ou marraine (un baptême est déjà prévu).

Ces situations soulèvent des défis pastoraux et canoniques importants :

-   Au moment de l’accueil des demandes, l’enjeu du discernement est important : comment faire entrer les personnes dans une démarche de discernement de leurs motivations en rapport avec un meilleur éclairage sur la proposition qui peut leur être faite ? Comment les amener à dépasser le fait de demander un sacrement pour régulariser une situation ? Comment « évangéliser les demandes » ?

-   En amont des demandes, les politiques officielles des diocèses concernant l’« obligation » de la confirmation avant le mariage : certains diocèses ont assoupli cette nécessité et ont aménagé des propositions pastorales qui permettent de dégager la démarche de confirmation du sentiment d’urgence, tout en gardant un lien de signification entre les deux sacrements.

-   Quelle proposition est faite aux personnes qui demandent la confirmation : un sacrement ou une initiation chrétienne ? Cette question touche à la fois le discernement initial mais aussi, par la suite, la démarche concrète qui sera proposée : s’agit-il d’une démarche de préparation au sacrement de confirmation ? S’agit-il plutôt d’une démarche de confirmation de type catéchuménal ?

-   Pour le développement d’une démarche de type catéchuménal, un travail d’élaboration d’outils pédagogiques et liturgiques reste à faire. La formation des intervenants et des responsables pastoraux représente également tout un défi…

Temporalité : enjeux pratiques, pastoraux et théologiques

Cet enjeu est transversal à toute la démarche catéchuménale et à tous les types de démarches (catéchuménat, BEAS et confirmation). Il s’appuie sur les observations suivantes :

-     Suite à ce qui a été mentionné concernant les demandes de confirmation, l’accueil et le discernement de la demande sont déterminants. Or, les structures d’accueil et de discernement initial de la demande sont souvent déficientes et improvisées : peu de dialogue avec les personnes, on passe rapidement à la proposition de démarches courtes et immédiatement préparatoires aux sacrements.

-     Les pratiques pastorales en général et les mentalités sont encore imprégnées d’un modèle de chrétienté : on a du mal à considérer la valeur du temps dans les démarches dont les sacrements sont considérés comme le but, la fin (clôture !).

-     Le catéchuménat est un chantier pastoral relativement neuf au Québec, encore mal connu par de nombreux responsables pastoraux : avant même de former, il faut à la fois informer et convaincre !

 

4. Conclusion

Un enjeu touchant l’ensemble de l’Église découle des défis que nous venons d’identifier : la formation la plus large possible sur ce chantier pastoral (théologique, liturgique et pratique). Un autre enjeu lui est lié : développer une « conscience catéchuménale » dans l’Église, tant chez les fidèles que chez les responsables pastoraux, c’est-à-dire le désir d’initier des adultes à la vie chrétienne, non dans une perspective de sacramentalisation, mais dans une perspective d’engendrement.

Quelle proposition l’Église du Québec et les Églises diocésaines ont-elles à faire aux personnes qui « cherchent consciemment et librement le Dieu vivant » (« Notes doctrinales et pastorales de l’initiation chrétienne des adultes », 36 / RR 1) ? Que voulons-nous proposer, qui voulons-nous proposer dans les démarches catéchuménales : une réponse canonique à un besoin ponctuel (par exemple, être confirmé pour être parrain ou marraine) ou des parcours diversifiés pour rencontrer et découvrir une personne, le Christ vivant aujourd’hui, devenir ses disciples, membre de son Corps, et apprendre, avec d’autres, à marcher à sa suite ?


[1] E.-Martin Meunier, Jean-François Laniel et Jean-Christophe Demers, « Permanence et recomposition de la “religion culturelle”. Aperçu socio-historique du catholicisme québécois (1970-2006) », p. 82, dans En collaboration (s.d. Robert Mager et Serge Cantin), Modernité et religion au Québec. Où en sommes-nous ?, Québec, Presses de l’Université Laval, 2010, 430 p.

[2] Pour une discussion de ces questions, voir Ibid., p. 79-128.

[3] Par pratiques apparentées au catéchuménat, on entend le baptême des enfants en âge de scolarité (ci-après désigné comme BEAS) et la confirmation des adultes et des adolescents.

[4] Cette enquête a été réalisée à l’hiver 2009 par le regroupement des responsables diocésains de la formation à la vie chrétienne.17 diocèses sur 19 ont répondu à la partie concernant l’initiation chrétienne des adultes ; 13 diocèses sur 19 ont complété la partie concernant le baptême des enfants en âge de scolarité et 14 diocèses sur 19 la partie concernant la confirmation de type catéchuménal.

[5] Chiffre au 1er juillet 2008, selon l’Institut de la statistique du Québec. Voir [http://www.stat.gouv.qc.ca/donstat/societe/demographie/struc_poplt/201_08.htm] (consulté le 22 juin 2010).

[6] 77,9 % est le pourcentage indiqué dans le tableau 22, p. 116, de l’article de E. Martin Meunier, Jean-François Laniel et Jean-Christophe Demers cité ci-dessus. Nous avons converti ce pourcentage en nombre à partir de la population du Québec recensée en 2006 par l’Institut de la statistique du Québec.

[7] CICA et Office de catéchèse du Québec, 2004. Ce livre est un guide présentant tous les aspects de la mise en œuvre de la démarche pour les enfants en âge de scolarité.