Mappemonde Europe Asie Amérique Afrique Océanie
Recevoir la newsletter

Logo ICP

Logo ISPC

Problématique des Assises Internationales du Catéchuménat

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

pleniere assisesDepuis les premiers siècles, la pratique de l’initiation chrétienne a diversement évolué selon les situations socioculturelles, politiques et religieuses des pays où elle a été mise en œuvre.

Le catéchuménat a ainsi pu disparaître dans certaines régions du monde alors que, dans d’autres, il est apparu comme la vie même et la dynamique d’une Église locale naissante.

Cette réalité diversifiée fit l’objet, en juillet 1993, d’un colloque international sur les perspectives pastorales et les enjeux théologiques du catéchuménat. Ce colloque, initié par le groupe de théologie pastorale Pascal Thomas (Groupe créé et animé par le théologien Henri Bourgeois), sous le double patronage de l’Université Catholique de Lyon et des Œuvres Pontificales Missionnaires de France, permit à quatre-vingt participants - praticiens, théologiens et responsables ecclésiaux de trente pays représentant les cinq continents - de confronter leurs expériences et leurs recherches. Parmi les thèmes abordés : Le catéchuménat et sa fonction ecclésiale, L’initiation chrétienne et les cultures, Catéchuménat et liturgie, Communautés et ministères (Voir les Actes de ce colloque dans la revue Spiritus n° 134 [1994]).

 

Depuis, les pratiques catéchuménales ont continué à évoluer. C’est pourquoi il semble opportun de les réexaminer aujourd’hui, dans la perspective de leur lien aux pratiques catéchétiques, notamment depuis la parution du Directoire général pour la catéchèse (CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire général pour la catéchèse [DGC], Paris, Centurion / Cerf / Lumen Vitae, 1997). D’où cette proposition d’un nouveau colloque, dont la dynamique pourrait s’articuler autour de deux questions : En quoi l’initiation chrétienne reste-t-elle le mode le plus approprié de proposition de la foi à nos contemporains quelle que soit leur culture ? En quoi le catéchuménat baptismal est-il à même d’inspirer la pratique catéchétique en vue d’une vie chrétienne en croissance permanente ?

 

Vatican II : renaissance du catéchuménat liturgique

On ne dira jamais assez l’importance de la restauration, par le concile Vatican II,  du catéchuménat dans son cheminement liturgique par étapes :

On restaurera le catéchuménat des adultes, distribué en plusieurs étapes, dont la pratique sera soumise à l’Ordinaire du lieu : on obtiendra ainsi que le temps du catéchuménat, destiné à une formation appropriée, puisse être sanctifié par des rites sacrés dont la célébration s’échelonne dans le temps (SC 64, voir aussi AG 13-14).

Le 6 janvier 1972 est publié l’Ordo initiationis christianae adultorum qui contribua à une pratique catéchuménale à la fois plus ajustée à la pratique des premiers siècles et mieux comprise comme démarche d’initiation. Comme l’écrivait le cardinal Joseph Ratzinger en 1982 : « D’un côté […] le catéchuménat est une partie du sacrement : non pas un enseignement préalable mais une partie intégrante de celui-ci. D’un autre côté, le sacrement n’est pas un simple rite liturgique, mais un processus, un long cheminement qui mobilise toutes les forces de l’homme, intelligence, volonté, sentiment » ( Joseph RATZINGER, Les principes de la théologie catholique, esquisse et matériaux, Paris, Tequi, 1982, p. 36).

La mise en œuvre de ce rituel a été diverse selon les pays, dans des contextes bien différents, et ce travail de réception n’est pas terminé. La pratique renouvelée de l’initiation chrétienne a également profité de l’apport de nombreux travaux de théologiens, liturgistes, historiens et praticiens. Le catéchuménat dispose ainsi, aujourd’hui, d’une expérience propre, à la fois référencée aux premiers siècles, se recevant du concile Vatican II et ancrée dans la modernité.

Catéchuménat et catéchèse

Vatican II a non seulement inspiré la manière actuelle de comprendre le catéchuménat, mais aussi son rapport à la catéchèse. Le Catéchisme de l’Église catholique, lui, parle de catéchuménat postbaptismal pour les enfants dans les pays où le baptême des bébés s’est généralisé (§ 1231). Il faut mentionner aussi la prise en compte du catéchuménat dans la réflexion catéchétique de ces cinquante dernières années. Depuis les années soixante en effet, le catéchuménat a été progressivement considéré comme le modèle inspirateur de toute action catéchétique. Le § 90 du DGC stipule ainsi : « La mission ad gentes étant le paradigme de toute l’action missionnaire de l’Église, le catéchuménat baptismal qui lui est lié, est le modèle dont s’inspire son action catéchétique ». Et le § 91 se conclut en ces termes :

La catéchèse post-baptismale, sans se calquer sur la configuration du catéchuménat baptismal, et en reconnaissant aux catéchisés leur état de baptisés, fera bien de s’inspirer de « cette école préparatoire à la vie chrétienne », en se laissant féconder par les principaux éléments qui la caractérisent.

Le DGC parle alors de la catéchèse comme d’ « un élément fondamental de l’initiation chrétienne » (§ 66) et ajoute que le caractère fondamental de la catéchèse d’initiation vise

« Une initiation chrétienne intégrale » (CT) qui permet une vie authentique à la suite du Christ […] Il s’agit, en effet, d’éduquer à la connaissance et à la vie de foi, de sorte que l’homme tout entier, dans ses expériences les plus profondes, se sente fécondé par la Parole de Dieu. Le disciple du Christ sera ainsi aidé à transformer le vieil homme, à assumer les promesses de son baptême et à professer la foi à partir du « cœur » (§ 67).

Une recherche actuelle

Récemment, un certain nombre de conférences épiscopales ont publié des textes d’orientation sur la catéchèse inspirée par le catéchuménat dans une perspective d’initiation (Par exemple : Conférence des Evêques des Etats-Unis, Our Hearts Were Burning Within Us : A pastoral Plan for Adult Faith Formation in the United States, 1998 ; Conférence des Ordinaires romands et Commission romande de catéchèse,  Note de travail en vue d’une pastorale catéchétique en Suisse romande, 2003 ; Assemblée des évêques du Québec, Jésus, chemin d’humanisation, Orientations pour la formation à la vie chrétienne, 2004 ; Déclaration des évêques de Belgique, Devenir adulte dans la foi, La catéchèse dans la vie de l’Eglise, 2006). Le modèle catéchuménal a fait également l’objet de nombreux travaux de théologiens de la catéchèse. Ces recherches et les évolutions récentes invitent à s’interroger aujourd’hui sur ce modèle.

De manière typique, en France, depuis quelques années, il s’agit d’une préoccupation essentielle qui a abouti au Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France (Conférence des évêques de France,  Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France et principes d’organisation, Paris, Bayard, Cerf, Fleurus-Mame, 2006), promulgué par la conférence des évêques. C’est à partir de ce texte que nous formulons l’hypothèse des Assises. Il est le lieu d’élaboration de la problématique que nous souhaitons mettre en débat. Il met en évidence, à partir du catéchuménat, l’acte catéchétique comme démarche sacramentelle :

La démarche catéchuménale comporte plusieurs composantes : une catéchèse biblique qui éveille à la connaissance de Dieu ; l’appel à la conversion  personnelle suscitée par la Parole de Dieu ; la rencontre d’une communauté vivante, par l’échange, le partage en groupe, la relation concrète à des témoins qui incarnent des manières de vivre en chrétien ; une introduction à la prière et à la vie sacramentelle qui ouvre au mystère de Dieu et à l’amitié du Christ. La démarche catéchuménale conduit enfin le fidèle à être capable de rendre compte de ce qu’il a reçu : ce qui lui a été transmis, ce que cela a suscité en lui et ce qu’il porte en mémoire, il doit pouvoir l’exprimer et en témoigner(Ibid., p. 55).

Une catéchèse inspirée par l’initiation s’appuie donc sur la sacramentalité de l’Église (LG 1). Elle permet d’expérimenter la foi chrétienne comme réponse à la révélation d’un mystère qui rejoint l’homme. Le Texte national… préconise même une nécessaire pédagogie d’initiation : « Selon une règle bien établie par le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes (RICA), une pédagogie d’initiation prévoira des cheminements qui s’appuient et font déjà vivre de la grâce des sacrements qu’ils préparent » (Ibid., p. 54). Le modèle catéchuménal porte alors principalement sur l’établissement d’une relation forte entre les sept sacrements et la sacramentalité de l’Eglise au cœur même de son action catéchétique, relation qui conduit les évêques français à proposer des itinéraires de type catéchuménal pour chaque démarche sacramentelle (voir le quatrième principe d’organisation du Texte national…, p. 91-95). Ce qui encourage aussi la catéchèse à prendre de la distance avec le modèle scolaire.

Au cœur de la foi

Le mystère pascal est au cœur de l’itinéraire catéchuménal. Les catéchumènes témoignent d’ailleurs d’une proximité avec ce mystère et d’une présence du Christ qui précède toute initiation. Le cheminement catéchuménal, par la médiation des rites liturgiques, de la Parole de Dieu et de la communauté comme corps du Christ rejoint finalement et fait fructifier ce que les catéchumènes portent déjà en eux. Il importe donc de considérer qu’il ne peut en être autrement de tout itinéraire de catéchèse. L’action catéchétique, qui s’adresse à toute personne et à tous les âges de sa vie, requiert donc écoute, tact et délicatesse pour que cette personne puisse entrer plus avant dans l’intimité que Dieu lui a déjà ouverte. Avec, dans notre monde contemporain, des défis bien identifiés : le défi de l’intériorité, le défi d’une première annonce, le défi éducatif, le défi communautaire… Ainsi, « dans [le] contexte pluraliste de crise de la transmission, la catéchèse réclame un retour au cœur de la foi pour mettre en contact quelqu’un avec Jésus-Christ, selon les termes de Catechesi tradendae n°5 » (Jean-Louis SOULETIE, « La catéchèse ou la grâce d’initier dans un monde pluraliste », Lumen Vitae LXII (2007/2), p. 143).

 

La problématique des Assises se situe donc bien à ce niveau de défi. Par sa responsabilité catéchétique, l’Église gagne à considérer à nouveaux frais le catéchuménat comme modèle inspirateur. Il paraît plus que jamais pertinent de comprendre ce modèle et d’en préciser l’analyse en faisant le point sur les pratiques catéchuménales de différents pays, à travers le monde, en en montrant les enjeux théologiques et ecclésiaux et par là même en étant en mesure de faire ressortir les défis qui viennent interpeller la mission de l’Eglise aujourd’hui.

Vu l’ampleur de la tâche, cette recherche ne pourra pas se limiter à la seule rencontre des Assises de 2010, mais entre de fait dans un projet de recherche plus vaste qui verra la mise en place d’un Observatoire international des pratiques catéchuménales. L’ISPC souhaite dès maintenant rassembler largement universitaires, praticiens et partenaires institutionnels des cinq continents, de différentes confessions chrétiennes, pour poursuivre ce dossier.