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Le catéchuménat en Angleterre et Pays de Galles

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Les joies et les enjeux de l’accompagnement des familles sur le chemin de la foi.

Nous reproduisons ci-dessous la traduction réalisée par M. Roland Lacroix (ISPC) de la conférence donnée aux Assises de Santiago 2014 par notre collègue Caroline Dollard. Avec leur aimable autorisation.

Caroline Dollard

Family Catechesis Development Worker

Catholic Bishops' Conference of England and Wales

39 Eccleston Square

London

SW1V 1BX

Je suis très heureuse d’être ici avec vous, et je sais que je vais beaucoup apprendre de vous et de votre expérience sud-américaine. Mon propos veut refléter un peu de l’expérience que nous faisons en Angleterre et au Pays de Galles. J’espère qu’il fera écho avec votre propre expérience. Je vais faire plus particulièrement référence à l’accompagnement des familles sur le chemin de la foi. En Europe, nous nous trouvons dans un nouveau territoire de mission, avec souvent trois générations n’ayant plus contact avec la foi. Considérant le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes[1] (RICA) comme modèle pour toute catéchèse[2], je vais montrer comment cela impacte notre travail auprès des familles, dans leur rôle de premières éducatrices de la foi, particulièrement quand les parents sont eux-mêmes en recherche de foi. Je conclurai par les résultats d’une étude sur le partenariat foyer, écoles et paroisses dans le ministère partagé de l’initiation chrétienne, en particulier par la notion d’« église domestique » comme lieu où les familles peuvent vivre pleinement un apprentissage de la vie chrétienne.

La situation actuelle du catéchuménat au Royaume-Uni. Cette année (2014), 3286 adultes ont achevé leur processus d’initiation comme chrétiens catholiques à Pâques[3]. Dans ce chiffre total on comptait nombre d’enfants entre 7 et 14 ans, venant avec leurs parents, demandant une initiation en tant que famille. C’est ce groupe – les enfants et leurs familles – qui a attiré l’attention de plusieurs de nos équipes-RCIA, et nous avons expérimenté différents modèles d’accompagnement des enfants et des familles [4]

 

Nouvelle posture de la catéchèse familiale – Le Rituel comme modèle.

à côté de cette réalité émergente, et dans le contexte du synode à venir sur le mariage et la vie de famille, la Conférence des évêques d’Angleterre et du Pays de Galles a créé une nouvelle posture pour la catéchèse familiale, reconnaissant le potentiel des familles en première ligne dans la formation de la foi, avec la capacité de former des vies. Nous voulons penser aux familles non comme « objet » de la mission mais comme étant elles-mêmes l’unité de base de la mission, et mesurer ce que cela implique pour notre théologie et notre pratique pastorale de l’initiation chrétienne, comme le montre le RCIA, le modèle de toute catéchèse. Comment les familles sont-elles engagées pratiquement à vivre leur vie de disciple ensemble, et comment les paroisses et les écoles catholiques[5] les aident-elles dans leur rôle de première communauté appelée à annoncer l’évangile à la personne humaine ?

Le pape François lui-même apporte sa contribution à cette réflexion dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium. Cela vient de son expérience ici-même en Amérique du Sud et des communautés de base issues de la théologie de la libération. Il encourage à sortir du juridique, à passer d’une église repliée sur elle-même à une église intégrée, guérissante, compatissante. Une Eglise ayant un vrai contact avec les gens et qui respecte la théologie issue de leurs vies. Un ministère avec et au sein des familles exige des modèles très pratiques de catéchèse d’initiation familiale dans un partenariat foyer, école et paroisse. Que remarquons-nous en pratique ? Qu’est-ce qui « travaille » ? Comment les familles sont-elles un cadeau dans la vie de l’église, dans le développement d’une forme de catéchèse « relationnelle » plutôt que programmatique, prenant en compte les étapes et les phases de la conversion personnelle au Christ dans l’esprit du RICA, et prenant également en compte la véritable « école de vie de disciple » qu’est le foyer ?

En 1989, le réseau RICA[6] fut créé avec pour but d’analyser et de soutenir l’expérience du RCIA dans notre pays. Le travail de ce réseau se concentra également sur les méthodes et les approches à utiliser  « sur le terrain ».[7] Dans les dix dernières années, le Réseau a articulé les principes fondamentaux de la mise en œuvre du Rituel, comme suit :

-        Le RCIA est un apprentissage de la vie chrétienneC’est un processus de conversion à Jésus-Christ, plutôt que d’intégration à l’église.[8]

-        La foi grandit grâce à une catéchèse « appropriée » : de la vie communautaire, de la liturgie, de la Parole de Dieu dans l’Ecriture et la Tradition, et du service (RCIA 4, 5, 75).

-        C’est le travail de Dieu, des cheminements spirituels diversifiés « selon les dons variés de la grâce de Dieu » (RCIA 5).

-        Il est important d’offrir une formation pour les « équipes-RCIA », pour soutenir la naissance du processus catéchuménal dans les paroisses[9].

-        Toute la communauté, a la responsabilité de l’initiation, de parrainer, de prier, de rencontrer les catéchumènes et de s’engager auprès d’eux, créant un milieu inspiré par l’évangile qui dit « Bienvenue », « Venez et voyez ».

-        En plus d’une catéchèse ajustée à l’année liturgique et « remplie de l’esprit de l’évangile », la Parole de Dieu dans le Lectionnaire dominical est le cœur battant du processus catéchuménal. La Parole est comme un « oxygène » pour la vie de la communauté et pour la formation de ses nouveaux membres (RCIA, 16).

-        La Parole proclamée chaque semaine introduit aussi aux dogmes et aux préceptes tout au long de l’année liturgique, et conduit à une familiarité avec les enseignements de l’église, et aussi l’acquisition d’un « sens profond » de ce que veut dire être sauvé par la puissance de Dieu à travers Jésus-Christ dans l’Esprit-Saint (RCIA 75, 1).

Développer le catéchuménat avec les familles [10]

Dans le contexte d’un « changement d’époque », nous faisons l’expérience d’une demande grandissante pour l’initiation d’enfants en âge de catéchisme, souvent avec des parents qui eux-mêmes n’ont pas été catéchisés ou même baptisés. L’initiation pour les enfants non baptisés d’âge de catéchisme (7 ans et plus), selon les rites de l’église, suit les mêmes étapes et phases du modèle adulte, et conduit à la célébration des trois sacrements d’initiation, si possible à la Vigile pascale (RCIA 246), suivie d’une période mystagogique. Il y a une tension entre les demandes individuelles de sacrements avec une catéchèse liée à l’âge, et une catéchèse pour les enfants non baptisés conduisant à l’initiation complète à Pâques.[11]Nous devons respecter l’intégrité des sacrements d’initiation, et catéchiser nos communautés en conséquence.

Le Rituel souligne ce qui devient très évident dans la pratique – que les enfants « sont capables de recevoir et de nourrir une foi personnelle » en fonction de leur âge (RCIA 252) et que la famille a une influence très grande et vitale sur ces enfants, donnant à la fois l’aide nécessaire et un exemple (RCIA 242 et 244). Nous devons commencer notre cheminement aux côtés de ces familles en nous demandant : alors qu’elles se tiennent au seuil de l’église, qu’est-ce qu’elles cherchent ? Quelle signification l’Eglise et la vie en Christ peuvent-elles leur offrir pour célébrer leurs joies et  apaiser leurs souffrances ? Qu’attendons-nous des familles en termes « d’aide et d’exemple » ?

Respecter le foyer

C’est ici que le défi commence vraiment. Quand une famille avec des enfants plus âgés se présente pour l’initiation chrétienne, les parents peuvent être incapables d’articuler ce qu’ils croient, mais ils n’en ont pas moins des espoirs et des rêves pour leurs enfants et ils viennent chercher la sagesse d’une tradition de foi. Dans cette situation, à côté de la théologie de l’initiation chrétienne au catéchuménat, nous avons une théologie accompagnant l’« église domestique », avec pour base la demande des évêques de Vatican II, que la vie dans la famille chrétienne « manifeste la présence vivante du Christ »[12]. Cela a été très important pour nous d’y réfléchir et d’être prêts à affirmer la présence de Dieu dans la situation réelle de vie des familles : « Avant même de te former au ventre maternel, je t'ai connu ; avant même que tu sois sorti du sein, je t'ai consacré » (Jérémie 1, 5).

Au cœur du processus d’initiation envisagé par le modèle du RCIA, il y a l’invitation à « venir et voir » où vit le Christ, sa maison, sa manière de vivre. A venir faire l’expérience de la communion et de l’intitmité avec Lui, à travers une articulation dynamique entre la vie communautaire, la réception et la transmission de la Parole de Dieu, l’expérience de la liturgie et du service (RCIA 75). Cependant, certains tiennent à un modèle différent et préfèrent envisager le « devenir catholique » davantage comme s’il s’agissait de joindre un club et d’obéir à des règles. Ils doutent que les parents soient à la hauteur de la tâche que l’on attend d’eux, cela parce que leur modèle d’initiation repose principalement sur la connaissance et la doctrine. Une telle vision des choses implique aussi de considérer que la transmission de la foi dans la famille est inadéquate aujourd’hui, avec cette hypothèse : « Les parents ont sûrement besoin de ‘‘La Foi’’ afin de transmettre ». La théologie de l’église domestique offre un paradigme différent – ces parents et ces familles sont les plus importantes influences pour la vie des enfants, et ils ont le droit inaliénable que l’on afirme et prenne en charge leur rôle de premiers éducateurs de la foi. Le foyer est le lieu où les familles grandissent dans la foi et vivent leur vie de disciple du Christ, au cœur de leurs relations ordinaires de chaque jour. La foi est d’abord communiquée par le témoignage d’amour, de justice, de miséricorde, de respect, de fidélité, de rétablissement de la paix à la maison. Comme le professeur Herman Lombaerts le dit dans un essai sur la famille chrétienne :

L’‘‘éducation’’ de la foi dans la famille ne veut pas dire répéter le catéchisme ou transmettre un certain nombre de valeurs, de normes et de règles, mais beaucoup plus pratiquement aider les parents à être davantage conscients de vivre simplement le christianisme avec leurs enfants, avec tout l’exemple, l’explication et l’activité que cela entraîne[13].

Par la mise en œuvre d’un processus catéchuménal pour les familles, notre tâche est de rendre explicite ces liens et de « dévoiler » cette vérité déjà active dans leurs vies. Les membres de la famille viennent et s’aperçoivent alors que leur vie ordinaire est la manière dont Dieu se rapproche d’eux et devient leur propre façon d'incarner l'amour de Dieu. Cette « révélation » vient principalement par une catéchèse de la Parole. Chaque enfant et chaque adulte dans la famille peut recevoir et transmettre la Parole. Dans l’évangélisation des familles, l’église peut aider celles-ci à entendre la Parole de Dieu et peut leur permettre de comprendre ce qu’elles vivent. à travers cet accompagnement en douceur, les familles commencent à se voir comme Dieu les voit – précieuses, aimées, douées pour aimer. Elles entendent dire qu’il est saint de se lever la nuit pour nourrir leur bébé, ou de soigner une grand-mère malade ; saint de laver, de repasser et de nettoyer ; saint de sortir pour travailler pour nourrir sa famille ; saint d’embrasser, saint de pardonner.    Cette rencontre à travers la Parole les forme et les confirme dans la vérité de ce qu’elles sont comme « nouveaux » disciples, et permet leur maturation comme familles « chrétiennes ». La Parole devient une catéchèse qui parle au « cœur » et dans « leurs histoires ». Pour ces familles, le discours de Dieu n’est pas caché sous des couches d’interprétation, il les relie à Dieu et au dessein de sa présence dans la vie humaine, leur vie de famille !

Nous constatons clairement dans le RCIA que l’église considère les familles qui entrent au catéchuménat comme « appartenant » à l’Eglise dès le moment de l’Entrée en catéchuménat[14]. Lors de cette première étape liturgique, le prêtre demande aux jeunes catéchumènes (RCIA 254) : « Que voulez-vous devenir ? ». Chacun répond : « Un chrétien », et le prêtre conclue ainsi le dialogue :

Depuis que vous croyez au Christ et voulez vous préparer pour le baptême, nous vous accueillons joyeusement dans notre famille chrétienne, où vous viendrez pour mieux connaître le Christ jour après jour. Ensemble avec nous vous essayerez de vivre comme des enfants de Dieu…, ‘

L’entrée en Catéchuménat se poursuit, incluant beaucoup les parents qui sont invités à se mettre debout avec leurs enfants:

Ces garçons et ces filles sont en route vers le baptême. Ils auront besoin de l’aide de notre foi et de notre amour. Êtes-vous, vous leurs familles et leurs amis, prêts à leur donner cette aide ? (RCIA 255).

Puis, lors de la signation des candidats, les parents sont invités à signer les sens « puisque vous appartenez aussi au Christ » (RCIA 257). Les enfants et leurs parents sont ensuite invités à la célébration de la Parole et cette invitation fait clairement apparaître que les parents et les enfants font maintenant partie de l’assemblée (RCIA 259).

Cette expérience en dit long aux parents sur leur vocation, sur leur don et sur leur appartenance, à la fois à la vie de famille et à la communauté plus large, au Corps du Christ, l’église. Comme l’écrivent les évêques américains dans leur document pastoral Suivez le chemin de l’amour : « Comme familles chrétiennes, vous ne faites pas qu’appartenir à l’église mais votre vie quotidienne est une véritable expression de l’église ».

Particulièrement quand la famille ne comprend pas ou ne se sent pas confiante, et ne se reconnaît pas comme « communicatrice » de l’amour du Christ, se sentant jugée ou indigne, nous, comme église, avons l’obligation de l’aider à faire le lien avec la vérité, avec des moyens simples et aimants. Notre témoignage, notre accueil, notre amour, la douceur de notre partage et de notre explication de l’évangile, notre écoute, tout cela aide les familles à clarifier leurs pensées. Elles entendent affirmer que l’essence de leur famille « suffisante » est un « signe » de l’amour de Dieu pour l’église. C’est si important quand on accompagne les familles au catéchuménat de trouver le langage qui les aide à donner sens à leur vie et leur donne des raisons de faire confiance aux richesses qu’elles « possèdent par nature et par grâce, et vis-à-vis de la mission que Dieu leur a confiée ». Jean-Paul II écrit : « Dieu lui-même est présent dans la paternité et la maternité humaines »[15].

L’expérience des Coordinateurs du Ministère de la vie familiale montre qu’au mieux, la catéchèse d’initiation dans les paroisses devrait respecter l’expérience de la vie de famille et devrait être centrée sur la famille, avec quelques conseils appropriés d’un clergé et de catéchistes de la famille bien formés. Là où il y a une aide aux familles - allant des compétences parentales jusqu’au plus spécifique, l’enseignement de la foi - les familles grandissent dans la compréhension et dans la pratique de leur propre sacramentalité et en même temps grandissent sur le chemin d’une initiation chrétienne complète. Si la « catéchèse familiale » « précède [vraiment], accompagne et enrichit toutes les autres formes de catéchèse »[16], alors le chemin de l’évangélisation et de la catéchèse pour les enfants et les familles, au catéchuménat (RCIA), doit tenir compte du rôle premier de la famille dans la formation de la foi. La communauté paroissiale doit de toutes les façons possibles aider les familles dans leur propre capacité à la catéchèse familiale, aider les parents à réfléchir sur leur cheminement de foi personnel, à faire le point sur leur relation avec le Christ et son église et, ce qui est important, à penser  leur foyer comme un milieu où vivre et partager la foi. Cette approche demande un véritable changement de paradigme, loin du modèle qui réserve l’éducation à la foi à des « professionnels » de la paroisse et de l’école. Il s’agit d’aller vers un modèle qui habilite les familles à grandir dans la foi justement au sein de leur famille[17].

Pour aller plus loin dans ce « changement » de paradigme, le Bureau « Projet de vie Mariage et Famille » de la Conférence des évêques a commencé en 2010 une expérimentation[18] dans trois diocèses, pour écouter les familles, les enseignants et les directeurs dans les écoles catholiques, le clergé et les catéchistes dans les paroisses, sur la question de l’évangélisation et de la catéchèse dans un partenariat foyer, école et paroisse. A partir de ces questions : « Que veut dire ‘avoir la foi’ et ‘transmettre la foi’ ? », « Quels sont les dons  et les responsabilités complémentaires de chacun des partenaires, dans le rôle spécifique qui est le sien dans l'évangélisation et la catechèse des familles ? », « Quelles sont les meilleures façons de travailler avec des familles grandissant dans la foi ? ». Le processus, basé sur une méthode appelée « Enquête de reconnaissance », comportait deux étapes simples. Première étape : des invitations étaient lancées aux personnes de chacun des trois groupes partenaires (foyer, école paroisse) pour qu’ils décrivent leur réalité et engagent une conversation guidée, et deuxième étape : des représentants du foyer, de l’école, de la paroisse réfléchissaient ensemble sur ce qu’ils avaient entendu comme « rêve » et comme plan d’une marche à suivre.

Voici ce qui a été dit dans nos communautés. Ceci fait-il écho avec ce qui se dit dans votre pays ?

Foyer : les parents ont parlé de leur rôle dans le partage de la foi avec leurs enfants :

. comme une « responsabilité effrayante ».

. beaucoup luttaient pour emmener leurs familles à la messe.

. Ils avaient pour souci : « Mes enfants auront-ils la foi ? »

. Ils se demandaient : Dieu est-il intéressé par mes questions quotidiennes ? »

. Ils se sont senti « jugés » par leurs vies pas assez parfaites, bien qu'ils fassent de leur mieux.

. Ils accueilleraient davantage de dialogue et d’invitations en ce qui concerne l'Église, la foi et le partage de foi avec leurs enfants.

. Les parents ont aussi parlé du besoin de liturgies familiales et de vie communautaire, aussi bien que du besoin de connaissance et de ressources pour les aider à partager la foi dans leurs maisons.

Les écoles ont dit :

. Ils ne se sont pas senti bien aidés par la paroisse, et pourtant ce qu’ils offrent à l’école est souvent la première expérience d’« église » que font les familles, et l’école peut être le lieu où les enfants et leurs parents expriment pour la première fois un intérêt pour le devenir chrétien catholique.

. L'école a voulu être aux côtés des parents pour les aider à faire des liens entre leurs vies et la présence de Dieu, et pour considérer les sacrements comme des cadeaux pour la vie plutôt que comme des « droits ».

. Les écoles ont dit que les parents avaient besoin d’un clergé paroissial et d’équipes RICA ouverts et réceptifs, et d’occasions de faire une demande pour eux-mêmes de manière non menaçante et guérissante.

Les paroisses ont dit :

. « Les parents doivent amener leurs enfants à l’église et participer à la vie de la communauté ».

. ils ne comprennent pas toujours, n’apprécient pas toujours et n’aident pas toujours les parents.

. Ils se sont demandé ce qu’« un cheminement de foi » pourrait offrir aux familles

. Comment la paroisse pourrait-elle respecter et s’appuyer sur le rôle des parents à la maison?

. D’un point de vue « extérieur », la paroisse peut avoir l'air « très exclusive » et impénétrable. Comment les familles de catéchumènes et de néophytes ont-elles accès à une vie chrétienne plus large ?

. Beaucoup ont dit qu'ils ont voulu affirmer et prolonger un accueil affectueux et aider des parents à faire le lien entre leur amour dans la famille et l'amour de Dieu.

étape 2 : Découverte de la marche à suivre.

De l’invitation à partager les espoirs et les rêves sur ce que pourrait être une bonne initiation à l’expérience de foi en direction des familles, quelques principes-clés et solutions ont émergé. Ceux-ci font « écho » avec les conseils pastoraux que donne le Rituel (RCIA), et ils restent nos défis pour les années à venir :

1. Hospitalité. Offrir un accueil véritable, sans jugement; ’écouter avec sensibilité leur vie, leurs questions et leurs expériences de foi. Une communauté accueillante, ouverte, qui noue des relations personnelles fortes  touchera les cœurs et evangélisera plus efficacement que n’importe quels mots sur une page. Former une équipe renforçant les liens entre le foyer, l’école et la paroisse, et développant de nouvelles réponses créatives pour les familles cherchant à cheminer dans la foi. Une part de la stratégie nécessaire doit être d’affirmer l’hospitalité du foyer et la maturation de sa relation avec Dieu au sein même de la vie de famille.   “Celui qui m'aime sera aimé de mon Père… et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui”   (Jean 14, 21 et 23).

2. Aider les familles elles-mêmes à développer leur relation avec le Christ. Rien ne peut se substituer aux parents. Créer une structure centrée sur l’évangile est vital pour soutenir la croissance dans la foi des familles. Le « dialogue » direct avec Dieu fait partie de la nourriture de cette relation. Toutes les générations peuvent être impliquées dans l’ouverture à la rencontre de Dieu à travers les écritures.  J’ai donner des examples dans mon papier dans une paroisse ou une école.  Quelques paroisses offrent chaque semaine, le dimanche, une « lectio divina » basée sur le lectionnaire, et une catéchèse en famille, après la participation à la Liturgie de la Parole à la messe;  ou un jour de la semaine, à la fin de l’école, les enfants miment l'Évangile pour le représenter le dimanche suivant dans l’assemblée, les parents étant invités. Après,  les parents sont invités à prendre une tasse de thé avec les catéchistes de la paroisse, et parlent simplement de ce qu’ils ont vu et entendu. Les familles sont ensuite encouragées à faire l’expérience de la Parole à la maison, avec quelques questions pour le partage, et à voir la manière dont cela pourrait agir sur leurs choix et leurs responsabilités. Les parents peuvent se sentir renouvelés et habilités comme parents par cette rencontre avec le Christ dans l’écriture partagé en famille.

3.   Le troisième principe qui émerge est la nécessité de nourrir le cheminement dans la foi de la famille par la Liturgie, la Prière, et de créer des liens avec le Rituel et la prière à la maison (RCIA). Des catéchistes familiaux doués permettent aux familles d’être impliquées dans le rituel et les célébrations de la paroisse, et également encouragent les parents eux-mêmes à devenir des ‘leaders spirituels’ dans le développement de rituels quotidiens simples, de bénédictions et de prières à la maison.   Le poète Walter Brueggemann note que dans le monde biblique, la famille est la première unité de sens, de formation et d’interprétation de la réalité[19].

L’une des fonctions majeures des générations au sein de la famille dans le processus de conversion au Christ est de transmettre les récits et les promesses qui identifient la famille chrétienne: ils ont un héritagedes racines, une identité, un but, un appel. Il y a plusieurs manières pour les familles de raconter leurs histoires de croissance dans la foi et de se bénir les uns les autres à la maison et, encore une fois, les « guides » de catéchèse pour les parents peuvent les aider, montrant qu’ici « c’est une terre sainte.  Il y a plusieurs petites façons de respecter la famille chrétienne comme « greffée » dans le mystère de l’église, « de façon à participer,  à sa façon, à la mission de salut qui est propre à l’église »[20].

4. Entretenir un milieu familial bienveillant comme terrain fertile pour le processus d’initiation.

Sachant que vivre des relations familiales étroites est extrêmement important, et que la foi, au catéchuménat, grandit par l’apprentissage d’un devenir pleinement humain dans des relations personnelles et confiantes, plusieurs diocèses offrent maintenant des programmes sur le rôle parental;  une formation à l’écoute;   des programmes sur le deuil et la perte. Toutes ces aides aux parents stipulent qu’un milieu stable, une bonne communication, une discipline, des limites, et une éducation nourrissante sont fondamentaux pour la formation de l'enfant et pour la réponse que la famille donne à l'Évangile.

Cependant, aucun foyer ne peut prétendre  que, pour être « saint »[21], tout devrait fonctionner sans à-coups. Il y a,  et il y aura toujours,  des foyers qui seront des lieux ni sécurisants, ni bienveillants, mais ceci n’empêche jamais  que Dieu soit présent – notre Dieu promet de rester avec nous, tout le temps et dans toutes les situations[22].

La souffrance peut obscurcir le visage de Dieu, mais elle peut aussi mener à une conscience plus grande de la proximité de Dieu. Par exemple, une mère est venue vers moi quand son enfant est mort. Elle était démolie par le chagrin, prise au piège de l’obscurité. Nous avons passé un peu de temps ensemble, en restant simplement assises devant une représentation de la Pieta, une version moderne, pleine de puissance. Finalement, elle a dit tranquillement : « C’est moi, n’est-ce pas ? » Et à partir de ce moment-là, elle a commencé à vivre avec son chagrin d’une façon différente. Elle ne sentait plus si seule.

Il y a un passage merveilleux de Leonard Cohen qui dit :

Sonnez les cloches qui peuvent encore sonner

Oubliez votre offrande parfaite

Il ya une fissure, une fissure dans tout

C'est comme ça qu’entre la lumière.

5. Reconnaissant que l’initiation ne se développe jamais à partir d’un vide, la dernière dynamique de la catéchèse avec les familles est celle du service et de l’aide sociale (RCIA 75, 4). Les familles doivent être accueillies dès le départ dans une communauté de foi ouverte. Les « familles parrainantes » invitent leur famille catéchuménale à participer aux activités de sensibilisation et au travail social de la paroisse. « Comment la Parole de Dieu et l’enseignement social catholique nous encouragent à agir différemment ou à changer cette semaine ? », « Que disent cette Parole et cet enseignement sur notre but en tant que famille catholique ? »[23] Les parents partagent aussi avec leurs enfants une prise de conscience de la souffrance dans le monde, et le fait qu’ils peuvent changer les choses quand ils agissent pour diminuer cette souffrance. De cette manière, ils prennent part, comme agents actifs plutôt que comme bénéficiaires passifs, à la large mission de l’église.

CONCLUSION

Le projet pilote Transmission de la foi[24] a fourni quelques aperçus significatifs pour soutenir des familles dans le processus d’initiation en Angleterre et au pays de Galles.

Nous savons que le chemin de foi (RCIA), conduisant vers la conviction, l’initiation et un approfondissement tout au long de la vie, a besoin d’être explicite, et que la vie de famille est un lieu précieux qui incarne la relation avec Dieu. Nous apprenons à reconnaître et à aider nos familles chrétiennes catéchuménales non comme des familles chrétiennes « à temps patiel », mais comme le lieu d’un « apprentissage » irremplaçable, à plein temps, au travail de l’église.

Un défi pour notre clergé et pour celles et ceux qui exercent un ministère dans nos paroisses : reconnaître et faire confiance à cette dimension domestique de l’église, qui ne se tient pas dans les objets religieux ou les pratiques liturgiques « empruntées » à l’église plus large, mais qui se tient dans le rythme de base de la vie réelle de la famille, essayant de célébrer le mystère pascal du Christ.[25] Horace Bushnell le dit brièvement quand il écrit : « La religion ne pénètre jamais si minutieusement la vie que quand elle devient domestique »[26]. Comme les évêques d’Angleterre et du Pays de Galles l’affirment dans leur document Sur le seuil : dans le processus d’initiation chrétienne, notre tâche comme église est d’aider les familles et de trouver « les moyens d’agir non tant comme des portiers pleins de pouvoir mais comme des humbles compagnons du seuil »[27].

Un dernier défi demeure : plusieurs familles de chrétiens interrogent l’expression « église domestique » et ne se voient pas elles-mêmes comme « église domestique ». Il est  donc difficile pour ces familles d’accompagner une famille catéchuménale quand elles pensent que seule une famille « parfaite » pourrait remplir ce rôle. Nous sommes une église de pécheurs.   Il y a toujours une tension entre l’idéal et la réalité dans les familles – tout comme il y a une tension dans les églises paroissiales et diocésaines. Aussi imparfaites que les familles soient, ce sont les lieux que Dieu a faits pour que les personnes soient greffées au mystère du Christ. Plutôt qu’enlever les enfants et les adolescents de leurs parents et de leurs foyers, les séparant pour l’« éducation religieuse », nous avons à imaginer et à rendre possible une catéchèse d’initiation vraiment centrée sur la famille.

Je vous parle comme une mère de cinq enfants, et maintenant grand-mère de trois petits-fils. Revenant à la métaphore de la maternité que l’église utilise pour se définir elle-même, je termine par une réflexion sur les qualités de ce que pourraient être les tâches d’une mère « suffisamment bonne » : nourrir, encourager et consoler ; marcher aux côtés de ses enfants, écouter avec compassion et sans se prendre trop au sérieux ; aider les familles entières à découvrir la « théologie » qui émerge de leurs propres vies ; se rendre vulnérable et croire en ces familles ; rester ouverte ; leur apprendre comment servir ; et par-dessus tout avoir l’humilité de croire que les familles ont en elles les dons pour grandir, mûrir et dire « Oui » à la vie et pour devenir qui elles ont été créées par Dieu pour être.

C’est ce que nous apprennent les familles et j’espère que cette image, cette métaphore de la maternité peut être la base de notre engagement, à la suite du Christ, avec les enfants et les familles qui viennent demander à être initiées à la vie de son Corps, l’Eglise.   Notre propre conversion s’approfondit quand nous accompagnons les familles sur le chemin du Christ. Souvent les jeunes,qui sont plus proches du Sacré que nous ne pourrions savoir, ouvrent ce chemin[28].


[1] Rituel de l’initiation chrétienne des adultes (RICA). En anglais : Rite of Christian Initiation of Adults (RCIA).

[2] CF. Conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles, à propos de la version anglaise du Rituel de l’initiation chrétienne des adultes (RICA) : « Ceci est l’exemple et la règle de toute initiation chrétienne », 20/06/86 ; Concile Vatican II, SC 64-65, AG 14, CD, 14 ; Catéchisme de l’église catholique, 1229, 1233.

[3] Parmi eux, 1385 étaient des catéchumènes se préparant aux trois sacrements d’initiation à Pâques (RCIA, Première partie) ; 1827 étaient des candidats pour une catéchèse et l’achèvement de l’initiation chrétienne par la première eucharistie et la confirmation (RICA, deuxième partie, chapitres 4 et 5).

[4] RCIA 2ème partie, Chapitre 1, « L’initiation chrétienne des enfants en âge de catéchisme »).

[5] Ici, il est important de préciser que quand l’église catholique fut officiellement rétablie au 19ème siècle, les écoles furent construites avant les églises. L’éducation à la foi des enfants était considérée comme une priorité absolue. Nous avons 2118 écoles catholiques, 90 % sont financées par le gouvernement, l’église fournissant le financement des 10 % restantes. Nous avons aussi 139 écoles catholiques indépendantes et 16 collèges. Toutes les écoles sont en relation avec un certain nombre de paroisses, et l’éducation à la foi est considérée comme une tâche partagée. Les écoles catholiques scolarisent 10 % des enfants en Angleterre et au Pays de Galles, c’est-à-dire plus de 800 000 enfants et jeunes gens.

[6] www.rcia.org.uk

[7] On the Threshold (1997), The Priority of Adult Formation (2000), Agency for Evangelisation Report (2002), Listening 2004 websites consultation with 15,000 families resulting in www.celebratingfamily.org.uk : www.everybodyswelcome.org.uk ; www.homeisaholyplace.org.uk ; www.passingonthefaith.org.uk ; On the Way to Life (2005), une réflexion sur la culture et sur la crise de la transmission de la foi ; CAFOD (The Catholic Agency For Overseas Development) and Catholic Social Teaching research : par exemple 40% des personnes répondant à l’enquête ne savaient pas si elles étaient baptisées ou non.

[8] Directoire Général de la Catéchèse, n° 84.

[9] ‘Cherchant le Dieu Vivant’ serie du documents

[10] CICCA, cf. RCIA 2ème partie, chap. 1, 242-306).

[11] Statuts américains sur l’initiation chrétienne, § 19.

[12] Concile Vatican II, Lumen Gentium 1, et développé plus tard par Evangelii Nuntiandi 71, et Familiaris Consortio 49.

[13] Cf. Herman Lombaerts et Elzbieta Osewska, The Modern Christian Family.

[14] Dans le RCIA, Rite of Acceptance.

[15] Pape saint Jean-Paul II, Lettre aux familles, 1994, 9.

[16] Catechesi Tradendae 62.

[17] Merton Strommen et Richard Hardel en disent davantage dans Passing on the Faith : A radical new model for youth and family ministry, Winona, MN, St Mary’s Press, 2000.

[18] www.passingonthefaith.org.uk

[19] Bruggeman, Walter ‘Finally Comes the Poet’.

[20] Familiaris Consortio, 49.

[21] ww,w.homeisaholyplace.org.uk

[22] Mt 28,20.

[23] Ceci est partagé par Strommen, Merton Pin  ‘Passing on the Faith: A Radical New Model for Youth and Family Ministry’  (2000) St Mary’s Press, Winona, Minnesota, USA.

[24] www.passingonthefaith.org.uk

[25] US Bishops: usccb.org/laity/follow.shtml.Doc. “Follow the Way of Love” 23.

[26] Bushnell, Horace, ‘Christian Nurture’, (1994), Pilgrim Press, quoted in Bourg, cf p 63.

[27] Bishops Conference England & Wales, ‘On the Threshold’ (1997).

[28] Burns Senseman, Rita, ‘A Child’s Journey: The Christian Initiation of Children’, St Anghony Messenger Press, Ohio (1998).