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Initier en mode catéchuménal

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L’état de la question dans le Québec francophone, à la lumière dEvangelii gaudium

Voici la conférence que Daniel Laliberté a donnée aux Assises internationales du catéchuménat de Santiago du Chili, avec son aimable autorisation. Daniel Laliberté, alors directeur du Centre catéchétique de Québec, est depuis septembre 2014 professeur de théologie catéchétique et pastorale et directeur de l’UER en théologie catéchétique et pastorale au Centre Jean XXIII , Institut de pédagogie religieuse à Luxembourg.

On m’a donné pour mandat aujourd’hui de vous parler de la situation du catéchuménat au Québec.[1] Il faut d’abord que je vous dise que la situation chez nous est particulièrement problématique – et ce sans préjuger du degré de difficultés que l’on rencontre dans vos propres contrées. Comme le titrait une revue québécoise à laquelle j’ai récemment contribué[2], on a souvent le sentiment chez nous que « les sacrements tournent à vide », c’est-à-dire que l’offre de sacrements est là, ces gestes continuent d’être célébrés, mais « à vide », sans un ancrage significatif dans une expérience de communion au Dieu de Jésus Christ. Et comme je le mettrai en évidence, c’est aussi vrai de nos parcours catéchuménaux.

L’état de la situation au Québec

Aujourd’hui, je ne me contenterai pas simplement de vous exposer comme une photographie la situation actuelle, ce qui pourrait être assez déprimant. Je mettrai en évidence certaines CAUSES de cette situation. Surtout, je parlerai de quelques projets qui se déploient actuellement au Québec et qui ont des chances d’être prometteurs. J’insisterai d’ailleurs davantage sur le projet de mon diocèse, un projet particulièrement audacieux parce qu’il veut décloisonner les enjeux d’initiation chrétienne pour les insérer dans une problématique beaucoup plus large. Et, au fil de ces réflexions, je ferai régulièrement le pont avec la magnifique exhortation apostolique du pape François, Evangelii gaudium, mettant ainsi en évidence comment, dans sa longue réflexion sur l’évangélisation, il nous exhorte à situer nos questionnements sur le catéchuménat au cœur d’une pensée sur l’activité évangélisatrice de disciples-missionnaires qui ont fait la rencontre du Christ et qui le portent avec joie, comme individus et comme communautés, au monde d’aujourd’hui.

Comme vous le découvrirez au fil de ma présentation, il est clair que, chez nous comme dans beaucoup de coins de notre Église, c’est en grande partie dans les rapports entre première annonce et catéchèse, si bien pris en compte dans Evangelii gaudium, que se tient le nœud de la problématique catéchuménale. C’est donc là que nous pouvons aussi trouver des pistes de solution.

Le catéchuménat est né au Québec à peu près avec le Concile, d’abord dans la métropole multiculturelle qu’est Montréal. Rien d’anormal à cela : à l’époque, dans une société où pratiquement tout le monde était baptisé dans l’enfance, seuls des adultes immigrants, voulant s’intégrer à leur terre d’accueil, étaient susceptibles de demander le baptême. Puis, à mesure que se sont diversifiés les lieux d’installation des immigrants, sont apparues ici et là dans les autres villes des demandes sporadiques de baptême d’adultes. À Québec, qui est la 2e agglomération en importance de la province, on a baptisé cette année une vingtaine d’adultes, dont plusieurs appartenant à des minorités culturelles. Si la situation se limitait à cela, il n’y aurait aucun problème, que des « cadeaux » occasionnels de l’Esprit Saint ! Nous faisons pourtant face à une situation beaucoup plus large et beaucoup plus complexe. Je m’explique…

Il existe une loi dans l’Église catholique, une loi qu’au Québec on essaie de prendre au sérieux parce qu’on trouve qu’elle est tout à fait fondée : pour être parrain ou marraine, il faut être confirmé ! Je déplore d’ailleurs personnellement les tentatives pour la contourner, et encore plus le fait de se boucher les yeux en n’osant pas vérifier l’état de confirmé des éventuels parrains et marraines. Cela dit, la décision prise par les évêques québécois de chercher à respecter cette exigence entraîne des répercussions directes dans nos services du catéchuménat !

Même si le nombre des demandes de baptême de petits enfants est en diminution chez nous, il diminue nettement moins vite que le nombre des confirmations de jeunes. Or il faut des parrains à ces enfants à baptiser. Sauf que, dans notre belle société québécoise devenue fortement sécularisée, le réflexe persistant de faire baptiser les bébés s’accompagne de moins en moins d’une éducation dans la foi chrétienne. Dans ce contexte, les parrains et marraines sont généralement choisis dans un cercle de parents ou d’amis proches, sans se soucier de la dimension religieuse de la fonction, et bien évidemment sans connaître l’exigence canonique de confirmation. Puis, quand on prend conscience de cette norme, on réalise bien souvent que la condition n’est pas remplie. On appelle alors à l’Église, avec une motivation explicite : que la situation soit régularisée de la façon la plus efficace possible, donc le plus rapidement possible. En fait, bien souvent, la date du baptême a déjà été arrêtée et la fenêtre de temps est bien courte.

En conséquence, en plus de la vingtaine de catéchumènes proprement dits, le Service du catéchuménat du diocèse de Québec a dû prendre en compte cette année environ 500 demandes de confirmation d’adultes ! Et dans la majorité des plus petits diocèses, alors que les demandes de baptême d’adultes sont encore rarissimes, les demandes de confirmation d’adultes sont là aussi en augmentation constante. Vous aurez compris que ces demandes sont en très grande majorité le lot de demandeurs qui sont de tradition et de culture québécoise sécularisée. On est donc en plein contexte de « nouvelle évangélisation ».

Voilà, le décor est planté ! Des « sacrements qui tournent à vide », disions-nous tout à l’heure. Nous faisons nôtre, au Québec, cette situation présentée par le pape :

Il est évident que s’est produite dans certaines régions une « désertification » spirituelle, fruit du projet de sociétés qui veulent se construire sans Dieu ou qui détruisent leurs racines chrétiennes. Là « le monde chrétien devient stérile, et s’épuise comme une terre surexploitée, qui se transforme en sable ». Mais « c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert, on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Nous sommes appelés à être des personnes-amphores pour donner à boire aux autres.

EG 86

La question se pose donc avec force : quelle démarche proposer, dans ce contexte où la plupart des candidats montrent au départ une disponibilité de temps et de cœur assez limitée ? Pour dénouer l’impasse, il faudra donc apprendre à penser autrement, repenser de façon globale la proposition. Pour ce faire, le pape nous stimule :

La pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du « on a toujours fait ainsi ». J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés.

EG 33

Le Christ peut toujours, avec sa nouveauté, renouveler notre vie et notre communauté. (…) Jésus Christ peut aussi rompre les schémas ennuyeux dans lesquels nous prétendons l’enfermer et il nous surprend avec sa constante créativité divine. Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui.

EG 11

« Récupérer la fraîcheur de l’Évangile », en ce qui concerne notre question, oblige à se demander : « pourquoi nos sacrements d’initiation n’initient-ils pas ? » Notre réponse toute simple, ouvre pourtant à de profondes remises en question de nos façons de faire : nos sacrements n’initient pas parce qu’ils ne sont pas déployés dans un véritable contexte d’initiation !

 

Mettre en place un cadre de fonctionnement qui soit réellement initiatique

Comme je l’ai présenté, chez nous, les motifs qui conduisent à une demande de type catéchuménal sont rarement nés d’un désir de connaître le Christ et l’Évangile. Ce que nous travaillons à changer, c’est l’attitude à adopter en face de ce type de demandes. Nous sommes convaincus, avec le pape, que

tous ont le droit de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais « par attraction ».

EG 14

Comment être « attractifs » ? Comment présenter les choses d’une façon telle que notre offre n’apparaîtra plus aux yeux des demandeurs comme « les exigences à rencontrer afin d’avoir droit à un sacrement » ? La réponse ne se situe pas d’abord dans la modification d’une mécanique de fonctionnement. C’est l’esprit global de la proposition qui doit être repensé. Et, autant le dire, les changements dont je parlerai maintenant n’auront pas pour effet de diminuer les exigences. Par contre, il deviendra clair qu’il ne s’agit plus d’exigences d’accès à un sacrement mais des exigences mêmes qu’implique le fait d’entreprendre une marche à la suite du Christ.

Ce que nous cherchons à mettre en place, donc, c’est un dispositif global qui constituera une réelle proposition d’initiation à la foi chrétienne. Au cœur de cette notion, il y a le concept d’IDENTITÉ, comme on peut le comprendre du no 41 de Gaudium et spes, qui dit que « Quiconque suit le Christ, homme parfait, devient lui-même plus humain ». Ainsi, un processus d’initiation chrétienne doit être compris comme une proposition qui permette aux personnes qui vivent cette démarche de découvrir leur identité profonde d’être humain, par leur relation au Christ et à l’Église. Autrement dit, en principe, une personne est initiée à la fois chrétienne quand, pour elle, affirmer « je suis membre de l’Église catholique » signifie : «  Je trouve dans ma communion au Dieu de Jésus Christ et dans mon lien avec l’Église universelle et avec mes frères et sœurs des réponses satisfaisantes aux questions importantes de l’existence ainsi que des éléments déterminants de mon identité propre ». Rien de moins !

Voilà le rêve qu’il s’agit d’articuler dans la pratique, avec des personnes qui nous arrivent avec les motivations « administratives » dont on a parlé plus haut ! Jusqu’à maintenant, notre façon de faire était encore grandement inspirée de notre héritage de catéchèse destinée aux enfants : accueillir la demande, procéder à une inscription, donner un certain nombre de catéchèses, généralement articulées autour de thèmes considérés comme incontournables – Dieu, le Christ, la Bible, l’Église, la prière, les sacrements, etc. – préparer la célébration puis célébrer. Le tout dans le délai le plus bref possible pour « accommoder » les personnes demanderesses. Vous pouvez sans doute comprendre les frustrations ressenties par nombre de responsables pastoraux et, disons-le, par les évêques aussi. Il fallait affronter la question très sérieuse de ce que doit comporter une proposition qui soit de nature à ouvrir à la dimension identitaire dont j’ai parlé. Notre réflexion nous a conduits à considérer que la réponse à cette question tient à trois éléments déterminants :

  1. Accorder une place significative à un temps de « première annonce » préalable à la démarche catéchétique proprement dite ;
  2. Repenser totalement le processus par lequel une personne apprend ce qu’est la vie chrétienne – autrement dit le temps de la catéchèse d’initiation ;
  3. Faire sien le principe qui constitue l’articulation de tout le catéchuménat, celui que j’appelle, en m’inspirant du no 36 du RICA, le principe du « moment opportun » pour la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne.

Ainsi énoncés, ces trois éléments peuvent sembler aller de soi. Pourtant, au regard de nos habitudes de chrétienté, les éléments que je vais maintenant vous présenter apparaissent comme des petites révolutions pastorales !

1. Une place pour la « première annonce »

Le problème à l’origine de tout cela, nous l’avons dit, est lié à une différence profonde entre les motifs des demandeurs et la visée évangélisatrice portée par les responsables catéchuménaux. Comment tendre des ponts par-dessus ce fossé ? Il y faut tout d’abord la conviction énoncée par François :

À l’origine du fait d’être chrétien il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive.

EG 7

En conséquence, ce qui s’amorcera à partir des premiers contacts sera déjà orienté vers l’ouverture à la possibilité qu’ait lieu cette rencontre. Pour ce faire, le pape nous invite à comprendre que le temps de première annonce qui s’amorcera devra obligatoirement prendre le chemin du dialogue, de la CONVERSATION.

Le premier moment consiste en un dialogue personnel, où l’autre personne s’exprime et partage ses joies, ses espérances, ses préoccupations pour les personnes qui lui sont chères, et beaucoup de choses qu’elle porte dans son cœur. C’est seulement après cette conversation, qu’il est possible de présenter la Parole (…) toujours en rappelant l’annonce fondamentale : l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous, et qui, vivant, offre son salut et son amitié. C’est l’annonce qui se partage dans une attitude humble de témoignage.

EG 128

Nous avons besoin de nous exercer à l’art de l’écoute, qui est plus que le fait d’entendre. Dans la communication avec l’autre, la première chose est la capacité du cœur qui rend possible la proximité, sans laquelle il n’existe pas une véritable rencontre spirituelle. C’est seulement à partir de cette écoute respectueuse et capable de compatir qu’on peut trouver les chemins pour une croissance authentique, qu’on peut réveiller le désir de (…) développer le meilleur de ce que Dieu a semé dans sa propre vie. (…) Il est indispensable de donner du temps, avec une immense patience.

EG 171

Pour ce faire,

l’Église devra initier ses membres – prêtres, personnes consacrées et laïcs – à cet « art de l’accompagnement », pour que tous apprennent toujours à ôter leurs sandales devant la terre sacrée de l’autre (cf. Ex 3, 5). Nous devons donner à notre chemin le rythme salutaire de la proximité, avec un regard respectueux et plein de compassion mais qui en même temps guérit, libère et encourage à mûrir dans la vie chrétienne.

EG 169

Au Québec, on parle beaucoup de cette première annonce, mais on commence à peine à comprendre sa dimension « conversationnelle » et donc informelle. On découvre lentement que, avant de s’engager dans une démarche structurée, il faut se donner ces espaces, ces « vestibules », comme aimait à le dire Benoît XVI. Oser se donner le droit de ce qui peut sembler aux yeux de certains une perte de temps, avec la conviction qu’il n’y a aucune démarche catéchétique qui puisse être réellement initiatique si elle ne peut pas s’appuyer sur ce qui aura commencé à prendre forme dans ce temps plus informel.

Ce à quoi nous invite le pape – mais il ne l’invente pas car c’est dans la dynamique même du processus d’évangélisation, c’est à apprendre à accueillir la demande telle qu’elle est formulée, avec les motifs plus ou moins parfaits qui en sont l’origine, et de s’y appuyer pour entrer dans une conversation qui prend en compte les aspirations de la personne pour se diriger progressivement vers des questions de SENS. Dans cette conversation, la personne responsable n’enseigne pas, elle n’assène pas son Évangile de façon intempestive, elle écoute d’abord. Et si elle parle, que ce soit sous mode de témoignage, c’est-à-dire en nommant ce qui la fait vivre, elle.

Bien sûr, tout cela suppose que la personne demanderesse accepte d’entrer dans cet espace de conversation. C’est pourquoi il est absolument nécessaire que les premiers contacts n’abordent pas des questions liées à la date de la célébration ou au nombre de rencontres requises, ce qui bouche automatiquement tous les horizons. La conversation portera sur le SENS et les objectifs de ce que propose l’Église, de façon à ce que la personne soit mise en face de sa propre liberté d’accepter ou non cette proposition.

Pendant combien de temps converse-t-on ? Là-dessus, il convient de rappeler les principes explicites du RICA et du Directoire général pour la catéchèse. Je cite le RICA,  aux nos 71 et 72, où il est question du moment de la célébration d’entrée en catéchuménat :

Cette première étape sera célébrée lorsque les candidats auront reçu une première annonce du Dieu vivant et manifesteront un début de foi au Christ Sauveur. Cela suppose une conversion initiale, une volonté de changer de vie et d'entrer en relation avec Dieu dans le Christ (…) On examinera les motifs de la conversion et on prendra le temps nécessaire pour les purifier, si besoin est.

Une pratique de ce type existe maintenant à Montréal, où un accompagnement individuel, de durée non-déterminée a priori, généralement entre 3 et 6 mois, précède désormais le moment où s’amorcera la catéchèse. Voilà ce dont il faut s’inspirer ailleurs au Québec : donner une place suffisante à cette première annonce, avec tout son caractère kérygmatique mais très peu systématique, et apprendre à repérer les signes de cette « conversion initiale » qui est l’assise nécessaire à tout parcours initiatique. Dans le diocèse de Québec, le nouveau système qui est en train de se mettre en place, et dont je vous parlerai maintenant, permettra aussi qu’existe cette première annonce.

2. Comment apprend-on la foi chrétienne ?

Et si la conversation conduit à une « conversion initiale », que proposer ensuite ? Autrement dit, comment apprend-on la foi chrétienne ? Le premier effet tangible de la sécularisation, c’est la disparition d’un environnement qui permette d’apprendre la foi chrétienne par immersion, par imprégnation. Dans le contexte disparu de cette époque de chrétienté, la catéchèse – ou plutôt le catéchisme – avait une fonction assez pointue : guider dans l’apprentissage des contenus de la « doctrine chrétienne », alors que le reste des éléments de la foi et de la vie chrétienne – liturgie, vie spirituelle, éthique, vie fraternelle – s’apprenait au gré de l’appartenance à une famille et à une communauté chrétienne.

Mais cela n’existe plus. Désormais, il faut repenser les modes d’apprentissage de la vie chrétienne, en prenant en compte qu’il ne peut pas s’agir uniquement d’apprendre les « contenus » de la foi. Parlant de l’initiation chrétienne, le Directoire général pour la catéchèse précise :

Cette formation organique est plus qu'un enseignement: elle est un apprentissage de toute la vie chrétienne, qui permet une vie authentique à la suite du Christ, centrée sur sa Personne. Il s'agit, en effet, d'éduquer à la connaissance et à la vie de foi, de sorte que l'homme tout entier, dans ses expériences les plus profondes, se sente fécondé par la Parole de Dieu.

(DGC 67)

Or cet apprentissage intégral ne peut pas se réaliser par des catéchèses de type traditionnel, où un groupe de catéchumènes est réuni dans une salle pour recevoir un enseignement.

Apprendre par « fréquentation »

Le pari que nous faisons dans mon diocèse pourra paraître bien ordinaire à certains d’entre vous. Pour nous, il s’agit pourtant d’une approche qui implique une transformation en profondeur du fonctionnement de nos communautés chrétiennes. Désormais, les communautés chrétiennes ne référeront plus les catéchumènes au Service diocésain du catéchuménat. Elles accueilleront elles-mêmes ces catéchumènes, d’abord pour le temps du dialogue de première annonce dont j’ai parlé tout à l’heure, mais aussi pour prendre en charge leur apprentissage de la vie chrétienne, et ce sous le mode de la « fréquentation » des divers pôles de la vie communautaire, en veillant à ce que chacun de ces lieux d’appartenance contribue à nourrir la vie intérieure et spirituelle des catéchumènes :

-       L’appartenance durable à un groupe de partage de la Parole de Dieu ;

-       La participation à un nombre significatif de rassemblements fraternels (autres que l’eucharistie dominicale, évidemment) ;

-       L’implication dans un groupe ou l’autre d’engagement caritatif ou de promotion de la dignité humaine ;

-       La mise en relation étroite avec une personne accompagnatrice, qui saura conseiller le candidat tout en étant attentive aux indices qui expriment les avancées dans son cheminement.

Tout cela n’est que normal, diront certains. Il est bien vrai en effet que tous ces éléments de vie paroissiale et communautaire devraient exister pour le bienfait de la vie même de la communauté ET pour qu’elles assument leur mission dans le monde :

Je désire demander spécialement aux chrétiens de toutes les communautés du monde un témoignage de communion fraternelle qui devienne attrayant et lumineux. Que tous puissent admirer comment vous prenez soin les uns des autres, comment vous vous encouragez mutuellement et comment vous vous accompagnez : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35).

EG 99

Pourtant, dans les faits, il semble bien que l’obligation de former les catéchumènes dans un cadre nouveau aura l’effet d’un véritable révélateur de la vitalité de nos communautés chrétiennes. Car pour le moment, les groupes de partage de la Parole sont encore rares, les activités fraternelles sont peu nombreuses et souvent articulées autour du rassemblement dominical et les groupes à caractère caritatif ne fonctionnent pas nécessairement d’une façon qui sache faire place à des « nouveaux » en phase d’initiation chrétienne.

Pour plusieurs, le chantier paraît énorme. Pourquoi ? Parce que, derrière la problématique communautaire se cache un mal encore plus profond. Ce n’est pas pour rien que le pape ouvre ainsi son exhortation :

J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse.

(EG 3)

Je ne sais ce qu’il en est dans vos Églises respectives, mais chez nous cela pose de grandes questions. Pourtant, on sent bien que la qualité de la vie communautaire tout comme la possibilité d’un témoignage missionnaire reposent entièrement sur le fait que les personnes qui forment ces communautés chrétiennes aient eux-mêmes été d’abord « saisis par le Christ », pour prendre cette si profonde expression de Paul.

Il est donc clair qu’on ne peut pas faire l’économie de la conversion missionnaire dont il s’agit et qui, chez nous, est mise au jour par les transformations de notre modèle catéchuménal. Nous l’avons dit, il s’agit pour les catéchumènes d’apprendre la vie chrétienne d’une façon telle que cela devienne partie prenante de leur identité personnelle et qu’ils y aient découvert sens pour leur existence. Seule une plongée sérieuse dans une expérience de vie communautaire et fraternelle, nourrie de la Parole de Dieu, saura favoriser cette initiation. Une expérience de vie communautaire qui soit aussi, et d’abord, la mise en relation avec des sœurs et des frères qui sont eux-mêmes animés par une communion intime avec le Christ.

Parole de Dieu et catéchèse

Dans cette conversion des modes d’initier, qu’arrive-t-il avec les catéchèses proprement dites, c’est-à-dire les lieux d’apprentissage explicitement doctrinal ? Pour cela, à Québec, nous nous laissons inspirer par l’articulation des liturgies catéchuménales. Vous savez tous que, lors de l’entrée en catéchuménat, le livre de la Parole de Dieu est remis aux nouveaux catéchumènes afin qu’ils en fassent en quelque sorte leur « lecture de chevet ». Par ailleurs, vous savez aussi que la Traditio symboli est un rite qui trouve sa place normale pendant le temps de la purification et de l’illumination, donc très près de la fin du temps de l’initiation. Cela dit quelque chose des modes d’apprentissage des contenus de la foi : pour un catéchumène, l’outil normal et habituel de découverte de ce à quoi croient les chrétiens, c’est la Bible. Dans l’Église de Québec, nous faisons donc le pari auquel nous invite le pape, fidèle en cela au Directoire : afin que « l'homme tout entier, dans ses expériences les plus profondes, se sente fécondé par la Parole de Dieu », François insiste :

L’étude de la Sainte Écriture doit être une porte ouverte à tous les croyants. Il est fondamental que la Parole révélée féconde radicalement la catéchèse et tous les efforts pour transmettre la foi.

EG 175

Ainsi, après des années d’une catéchèse catéchuménale essentiellement organisée autour d’une série de rencontres d’enseignement thématique, nous avons donc décidé de considérer qu’un apprentissage du contenu de la foi par fréquentation de la Parole de Dieu, en présence de frères et de sœurs de la communauté chrétienne au sein de groupes de partage de la Parole était de nature à permettre une intégration plus profonde, plus existentielle, du kérygme. Comme le dit François,

une pastorale en terme missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines qu’on essaie d’imposer à force d’insister. Quand on assume un objectif pastoral et un style missionnaire, l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse.

EG 35

Surtout, si l’on considère que « le but définitif de la catéchèse est de mettre quelqu’un en communion, en intimité avec Jésus Christ » (DGC 80), cette catéchisation par la mise en rapport avec la Parole est en fait une mise en rapport avec le Christ-Verbe lui-même !

Sur la bouche du catéchiste revient toujours la première annonce : « Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer ». Quand nous disons que cette annonce est “la première”, cela ne veut pas dire qu’elle se trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée par d’autres contenus qui la dépassent. Elle est première au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale,(…) que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre, à toutes ses étapes et ses moments.

EG 164

C’est d’ailleurs ce qui est extraordinaire avec une catéchèse basée sur la Parole de Dieu : chaque passage, quel qu’il soit, peut toujours être mis en rapport avec la mort-résurrection du Christ et la proposition de sens que porte la foi en ce kérygme. De plus,

on ne doit pas penser que dans la catéchèse le kérygme soit abandonné en faveur d’une formation qui prétendrait être plus « solide ». Il n’y a rien de plus solide, de plus profond, de plus sûr, de plus consistant et de plus sage que cette annonce. Toute la formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux. C’est l’annonce qui correspond à la soif d’infini présente dans chaque cœur humain.

EG 165

Chez nous, ce sera donc seulement après un temps significatif d’apprentissage sous ce mode que trouveront place un certain nombre de catéchèses systématiques. À ce moment du parcours, ces catéchèses apparaîtront aux yeux des catéchumènes comme des synthèses d’éléments déjà intégrés grâce à la fréquentation des Écritures ou grâce à la participation à d’autres espaces de vie communautaire et fraternelle. Le contenu spécifique de ces catéchèses reste à déterminer, mais on peut envisager que le crédo servira d’ossature à ce parcours-synthèse, mettant ainsi la table à une éventuelle Traditio symboli. Ainsi, quand les candidats découvriront ce Symbole qui présente, en une série de formules lapidaires, l’essentiel du « dépôt de la foi », ils seront aptes à faire les liens avec la foi qu’ils ont progressivement développée au fil de leur parcours, ouvrant alors à une redditio symboli qui, bien plus qu’une formalité liturgique, sera l’expression verbale d’une initiation chrétienne accomplie, dans l’esprit du Directoire. Rappelons ici le no 67 cité plus haut, en y ajoutant la fin :

Cette formation organique est plus qu'un enseignement: elle est un apprentissage de toute la vie chrétienne, [pour] que l'homme tout entier, dans ses expériences les plus profondes, se sente fécondé par la Parole de Dieu. Le disciple du Christ sera ainsi aidé à transformer le vieil homme, à assumer les promesses de son Baptême et à professer la foi à partir du « cœur ».

Une expression du même ordre revient à trois reprises dans le Directoire, apparaissant ainsi comme l’affirmation la plus forte de ce qui doit être visé dans un parcours d’initiation chrétienne :

La catéchèse est la forme particulière du ministère de la Parole qui fait mûrir la conversion initiale, jusqu'à ce qu'elle devienne une profession de foi vivante, explicite et agissante.

(DGC 82)

Je ne sais pas si vous percevez l’ampleur du changement dont j’essaie de rendre compte : à revers du modèle de catéchuménat qui s’était mis en place dans le diocèse de Québec, désormais, le processus s’amorcera par une « conversation » informelle, de durée indéterminée, destinée à susciter une conversion initiale sans laquelle le catéchuménat proprement dit ne commencera pas. Puis, quand on y viendra, ce ne sera pas pour se consacrer à de l’enseignement, mais pour guider la plongée dans une expérience de familiarisation avec la Parole de Dieu et d’appartenance ecclésiale.

Je sais bien qu’il y a quelque chose d’idéaliste, d’utopique dans cette articulation nouvelle que nous envisageons pour nos parcours d’initiation chrétienne d’adultes. À vrai dire, nous entretenons même l’espoir que cette mise en œuvre en vienne à inspirer une transformation de nos pratiques catéchétiques et initiatiques pour les plus jeunes. Nous n’en sommes pour le moment qu’à cette étape préliminaire où les équipes pastorales auxquelles sont confiées les communautés chrétiennes se voient confier cette responsabilité. Certains pasteurs en saisissent la portée, l’ampleur et les fruits potentiels. D’autres n’y voient pour le moment qu’une tâche de plus déversée chez eux – alors qu’en fait, quand on y pense bien, les communautés chrétiennes auraient toujours dû être les premières responsables de toute initiation chrétienne.

3. Célébrer « avec fruit en temps opportun »

Les dernières citations du Directoire référaient à la profession de foi. On sait qu’il s’agit là d’abord d’un acte liturgique. Mais quand on y ajoute les mots « à partir du cœur » ou encore « vivante, explicite et agissante », on voit bien que ce qui est en jeu ici, c’est l’articulation entre une expression rituelle et des dispositions intérieures. À quel moment cette profession de foi liturgique a-t-elle lieu ? Lors du baptême – pour un catéchumène – ou lors de la confirmation – pour un confirmand adulte.

Quand parut, il y a bientôt 20 ans, la version française du RICA, je m’y plongeai aussitôt. Quand je tombai sur le no 36, puis sur les notes pastorales de l’appel décisif, j’y trouvai ce qui deviendrait mon « cheval de bataille » pastoral, une véritable obsession qui me conduirait même à entreprendre sept ans plus tard une thèse de doctorat articulée essentiellement autour de ces quelques phrases. Je cite ici une partie du no 36, puis quelques expressions importantes des notes pastorales de l’appel décisif :

[L’initiation chrétienne des adultes] suppose une préparation; les candidats sont ainsi fortifiés spirituellement et conduits en temps opportun à recevoir avec fruit les sacrements de l'Église. (no 36)

« L'appel décisif apparaît ainsi comme l'articulation de tout le catéchuménat » (no 128) ; « Jugés aptes, en raison de leurs dispositions, à participer à l'initiation sacramentelle au cours des prochaines fêtes pascales » (no 127); « Auparavant, il est requis, de la part des catéchumènes » (no 128); « chacun à sa place et à sa façon, donnent un avis fondé concernant les dispositions et les progrès des catéchumènes » (no 130);  « Pour que tout se fasse en vérité, il faut qu'avant le rite liturgique une délibération sur l'aptitude des candidats ait été tenue » (no 132)…

J’aime à répéter qu’on n’a pas compris grand-chose de l’essence d’une démarche catéchuménale tant qu’on n’a pas saisi le sens et la portée de l’appel décisif, dont on dit qu’il est « l’articulation de tout le catéchuménat » ! Je suis même convaincu que tous ces changements au processus catéchuménal qui sont en cours chez nous ne donneront rien si on ne va pas jusqu’au bout des principes en jeu dans les quelques extraits que je viens de citer : le moment opportun pour célébrer les sacrements de l’initiation chrétienne n’est pas lié à une série d’observances extérieures comme la durée ou le nombre de rencontres, mais à des dispositions intérieures. Et ce que nous dit le RICA, c’est que l’Église croit qu’il est possible de mettre en place des mécanismes de discernement communautaire qui permettront de repérer les indices que ces dispositions sont présentes chez le candidat, tout comme elle sait le faire pour l’admission à un ministère ordonné ou pour une profession dans un institut de vie consacrée.

Je ne peux pas étirer ici autant que je l’aimerais mes réflexions sur cet aspect. Je dirai simplement ceci : d’abord, le RICA, quand il parle de cet exercice de discernement, affirme qu’il en va de la vérité du geste sacramentel, ce que nous souhaitons tous ; ensuite, ce discernement est présenté non pas d’abord comme un jugement, mais bien comme un acte qui exprime la sollicitude de l’Église envers ses catéchumènes. Discerner, c’est AIMER ! Enfin, j’entends souvent des catéchètes pousser les hauts cris : « Qui suis-je, moi, pour décider si une personne peut recevoir un sacrement ou non ? » À cela, je réponds : « Vous avez raison : seul, vous n’êtes pas autorisé à le faire ! » Or justement, le discernement n’est pas affaire de décision individuelle mais bien mise en commun des observations et des intuitions portées par tout un groupe qui, en principe, a été présent au fil du parcours du catéchumène. Il s’agit d’un acte ecclésial, dans la pure logique de ce qu’est une initiation : l’admission dans un groupe où les personnes déjà initiées reconnaissent que les caractéristiques qui définissent l’appartenance à ce groupe sont suffisamment présentes chez un candidat pour qu’il puisse désormais être considéré comme membre du groupe, permettant de procéder aux rites qui affirment le changement de statut. Or on l’a vu avec les notes pastorales du RICA, dans la foi chrétienne, les caractéristiques en cause sont de l’ordre des « dispositions intérieures ». C’est pour cela que, en accord avec le concept de « moment opportun », le Directoire parlera d’une profession de foi « à partir du cœur » : apprendre le crédo pour le réciter « par cœur » est relativement facile ; le réciter « à partir du cœur » – j’ignore si ce jeu de mots en français fonctionne dans toutes les langues ! – suppose un processus de découverte et d’intégration de la foi dont on ne peut pas déterminer la durée a priori.

Aujourd’hui, mon mandat était de vous présenter la façon dont on réfléchit à la question du catéchuménat dans l’Église du Québec présentement. Je résumerai donc en disant que, chez nous comme en plusieurs endroits, nous sommes en face de trois chantiers majeurs, et qu’aucun d’eux n’est facultatif si on veut assumer vraiment et mettre en œuvre ce que j’appelle le « génie catéchuménal » :

-       Il faut repenser en profondeur tout ce par quoi une personne apprend ce qu’est la foi chrétienne, passant d’une catéchèse trop magistrale et trop thématique vers une proposition où la personne découvre les diverses facettes de la foi sous un mode de « fréquentation » : fréquentation de la Parole de Dieu partagée, présence assidue à la communauté fraternelle, insertion dans une forme d’implication sociale, etc.

-       Il faut assumer le principe du « moment opportun » et mettre en place les mécanismes de discernement qui le rendront effectif et qui permettront de conduire les candidats à une « profession de foi vivante, explicite et agissante.

-       Enfin, pour que tout cela soit possible, il faut accepter que le temps de l’initiation proprement dit soit précédé d’un temps significatif de première annonce sous forme de conversation plus ou moins organisée. Cela requiert la mise en place de « parvis » ou de « vestibules », où l’on peut fréquenter l’autre en terrain neutre ; cela requiert surtout d’accepter de faire exister cette période de précatéchuménat, sans diriger trop vite les gens vers nos structures et nos démarches bien cadrées.

Ce qui est particulièrement intéressant dans ce nouveau modèle, en plus de toute la revitalisation qu’il peut apporter à nos communautés chrétiennes, c’est qu’il ne requiert  pas de mettre en place un « service paroissial du catéchuménat » très élaboré, puisque l’essentiel de la formation se fait au moyen d’activités ordinaires de la vie de la communauté. Les catéchèses systématiques de fin de parcours, elles, seront probablement assurées par l’instance diocésaine. Ainsi, le seul service proprement catéchuménal que doit assurer la paroisse, c’est un mécanisme d’accueil des demandes, des « vestibules » de première annonce, ainsi qu’un service d’accompagnement individualisé des candidats. En conséquence, la compétence essentielle – et pratiquement la seule à vrai dire – qu’on devra attendre de ceux et celles qui s’impliqueront dans le catéchuménat paroissial, c’est une compétence pour le dialogue pastoral, ce pour quoi nous avons commencé à donner des formations spécifiques à Québec et en divers diocèses de la province.

 

Conclusion

J’ai commencé cette réflexion en vous présentant l’état de la question chez nous au Québec, où la majorité des candidats sont en fait des demandeurs de confirmation, dans un contexte de « régularisation de leur situation » qui, il est vrai, ne laisse pas beaucoup de place, au départ, au type de cheminement large, global, que je viens d’exposer. Voilà pourquoi le temps de la première annonce ou du précatéchuménat prend alors une importance déterminante.

La première annonce doit donner lieu à un chemin de formation et de maturation, (…) ce qui implique de prendre très au sérieux chaque personne et le projet que le Seigneur a sur elle. Chaque être humain a toujours plus besoin du Christ, et l’évangélisation ne devrait pas accepter que quelqu’un se contente de peu, mais qu’il puisse dire pleinement : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20).

EG 160

Il y a bientôt 20 ans, je commençais personnellement une réflexion en profondeur sur les transformations que devraient connaître nos processus d’initiation chrétienne. À cette époque, les pistes de réflexion que je proposais étaient accueillies avec un petit « sourire en coin » Après mon doctorat, on me confia le mandat explicite de proposer des moyens de transformer les pratiques d’initiation chrétienne pour tous les âges. C’est avec un mélange de fierté et d’humilité que je constate aujourd’hui que des intuitions que je porte très fort depuis des années sont maintenant à la source d’un projet global non pas uniquement de transformation du catéchuménat mais aussi, par répercussion, de transformation en profondeur de la vie de nos communautés.

Bien sûr, ces réflexions, tant les miennes que celles de nos diocèses québécois,  ont précédé la parution d’Evangelii gaudium. Pourtant, cette parution l’an dernier a constitué un puissant moteur pour stimuler les avancées que requiert notre situation de postchrétienté. Le chantier qui se présente à nous donne un peu le vertige. Pourtant, soutenue par l’exhortation de notre souverain pontife, l’Église de Québec avancera sur ce chemin, en se sachant observée par les autres diocèses québécois – et maintenant par quelques autres diocèses représentés ici! J’espère que ces quelques réflexions auront résonné avec quelque pertinence là où l’on s’interroge sur les fruits de ses pratiques catéchuménales.

Désormais, il nous faut avancer, convaincus que

nous parvenons à être pleinement humains quand nous sommes plus qu’humains, quand nous permettons à Dieu de nous conduire au-delà de nous-mêmes pour que nous parvenions à notre être le plus vrai. Là se trouve la source de l’action évangélisatrice. Parce que, si quelqu’un a accueilli cet amour qui lui redonne le sens de la vie, comment peut-il retenir le désir de le communiquer aux autres?

EG 8

 


[1] Petite précision géographique : j’habite dans une province du Canada qui s’appelle LE Québec. La capitale de cette province porte aussi le nom de Québec. Comme partout dans le monde, cette ville est le siège d’un diocèse, le diocèse de… Québec, qui est mon propre diocèse d’origine.

[2] Prêtre et pasteur, avril 2014.