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Catéchuménat et catéchèse, nouvelles perspectives - Assises internationales du Catéchuménat Paris 2010

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Mme Catherine CHEVALIER

En ce début juillet 2010, l’Institut supérieur de pastorale catéchétique (ISPC) en collaboration avec le Service National de la Catéchèse et du Catéchuménat (SNCC) a rassemblé à l’Institut Catholique de Paris (ICP) plus de trois-cent cinquante personnes en provenance d’une trentaine de pays et quatre continents. Venant de contextes où le catéchuménat est implanté de façon très diverse – relevons à titre d’exemple qu’un Service national du Catéchuménat s’est mis sur pied en France en 1964 alors que les diocèses d’Espagne se sont organisés sur ce plan en 2000 – les participants, pasteurs, chercheurs et praticiens étaient réunis pour échanger et débattre autour de l’affirmation selon laquelle « le catéchuménat baptismal est le modèle dont s’inspire toute l’action catéchétique » (Directoire général de la Catéchèse, DGC n° 90).

L’intérêt de la démarche demande un temps d’arrêt sur la problématique de ces journées introduite par le professeur Jean-Louis Souletie (ICP). Il a proposé à l’assemblée l’hypothèse de travail suivante : ce qui unit catéchuménat et catéchèse, n’est-ce pas justement que ces deux démarches s’appuient sur la sacramentalité de l’Eglise ?

La dialectique entre catéchèse et catéchuménat est effectivement née d’un double constat : d’un côté, le catéchuménat des adultes, organisé par le Rituel de l’Initiation chrétienne des adultes (RICA, 1972) propose une démarche d’initiation chrétienne qui conduit à la redécouverte d’une sacramentalité qui n’est pas enfermée dans les sept sacrements, mais qui se déploie tout au long du processus catéchuménal. D’un autre côté, la catéchèse héritée – conçue pour donner les mots d’une expérience de foi auparavant véhiculée par l’ensemble de la société – est devenue inopérante ; il s’ensuit que de nombreux adultes chrétiens ne sont pas « initiés » à la foi, ce qui conduit à parler de la nécessité d’un catéchuménat postbaptismal (CEC, n° 1231). La réflexion catéchétique actuelle en conclut à la nécessité de rapprocher la catéchèse de la liturgie pour favoriser une expérience de Dieu et intégrer ainsi la catéchèse au cœur de la communauté célébrante. Théologiquement, cela signifie que l’initiation catéchétique n’est plus seulement comprise comme préparant à la réception des sacrements, car le cheminement proposé, en rendant les catéchisés participant du corps du Christ, est déjà porteur de la grâce des sacrements. On perçoit ici ce qui relie catéchuménat et catéchèse à la sacramentalité de l’Eglise : les perspectives développées témoignent d’une conception de la sacramentalité élargie à l’Eglise entière, comme l’a redécouvert Vatican II (L’Église étant, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement… cfr LG 1). Les sacrements sont ici nécessaires, pas seulement dans une perspective – un peu étroite – de salut individuel, mais parce qu’ils font l’Église.

 

Cette hypothèse a été déployée à travers différents éclairages : le père Jorge Barros (Chili) a présenté une méthode de catéchèse familiale d’initiation à la vie eucharistique s’inspirant du cheminement catéchuménal et développée depuis 40 ans dans plusieurs pays latino-américains et au-delà, le Dr Joseph Sinwell (USA) a montré les effets du déploiement du catéchuménat sur la catéchèse et plus largement sur la pastorale paroissiale dans son pays. Les participants ont pu bénéficier d’autres apports à travers les forums de chercheurs et les forums de pratiques où se sont croisés des approches aussi diverses qu’une enquête sociologique sur les néophytes en France, un exposé sur les pratiques catéchuménales dans l’Eglise ancienne, l’intégration de démarches issues du processus catéchuménal en soins palliatifs, tout comme la présentation d’expériences catéchuménales ou catéchétiques en provenance  de Suisse, d’Espagne, du Burkina Faso, du Venezuela…

Par ailleurs, praticiens et chercheurs ont travaillé en sept ateliers autour de différents aspects du processus catéchuménal : le RICA, la mystagogie, l’accompagnement des catéchumènes, la sacramentalité, la conversion, l’ecclésialité, l’interculturalité. Leurs différentes contributions à la thématique des Assises se sont révélées étonnamment convergentes et éclairantes pour la problématique : les apports ont mis en évidence l’enjeu des pratiques catéchuménales pour la construction des communautés chrétiennes, la conversion réciproque (du catéchumène et de la communauté) qu’elles provoquent, le renouvellement de l’approche de la liturgie que permettent ce processus sacramentel et ses déploiements mystagogiques... Ce qui a conduit François Moog, directeur de l’ISPC, à dégager de cette dynamique « que les pratiques catéchuménales feront advenir les communautés chrétiennes que le Seigneur veut pour annoncer son Evangile aujourd’hui ». Foi de participante, on peut dire que le dynamisme et l’enthousiasme pastoral qui émanaient des participants présents, la joie qui se dégageait des échanges laissent augurer un bel avenir à cette Eglise en état de construction permanente.

L’histoire ne fait que commencer car avec ces Assises s’est mis sur pied un réseau de recherche international « pour étudier les processus de découverte ou de redécouverte de la foi à l’âge adulte afin d’en tirer les modèles pertinents pour l’annonce de l’Evangile aujourd’hui ». Dénommé Observatoire international des pratiques catéchuménales (OIPC), il est piloté par l’équipe de recherche de l’ISPC et appelé à s’enrichir des apports des chercheurs et praticiens du monde entier entre autre via une communication virtuelle sur le site www.oipc.fr[1]. Et rendez-vous a été donné pour les deuxièmes Assises internationales du Catéchuménat à Santiago du Chili, en 2014 !


[1] On y trouve déjà la présentation du projet de recherche et certains des apports du colloques ; toutes les interventions s’y trouveront dès la rentrée 2010-2011.